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Blog à part

Si ça ne vient pas de l'AFP c'est que ça n'est pas réellement arrivé!


La poudrière du Monténégro partie 4

Publié par Desmoulins sur 30 Novembre 2020, 16:49pm

Catégories : #Balkans, #crime organisé, #Trafic de drogue

Davorin Baltic assassiné (Blic)

Davorin Baltic assassiné (Blic)

Une soixantaine de douilles de balles retrouvées sur le sol. Davorin Baltic, 41 ans n'avait eu aucune chance de s'en tirer. Ses assassins savaient exactement où et quand attaquer. Une jeune femme qui se trouvait avec lui est restée indemne. Preuve s'il en est du professionnalisme et du sang-froid des tireurs malgré la pluie de projectiles qui a visé le véhicule. Ce guet-apens survenu le 1er jour de l'année 2018 va donner le ton d'une nouvelle année de luttes fratricides entre clans monténégrins. La motivation est inchangée d'un côté comme de l'autre. Et si les cibles ne manquent pas, elles ont tendance à s'éloigner de plus en plus du Monténégro. Davorin a enfin été tué dans la ville de Vracar, au nord de la Serbie à plus de 8 heures de route de Kotor.

Affilié au clan Kavački, il aurait été lié selon la police à l'assassinat du député du parti libéral Sasa Markovic, tué semble-t-il par erreur en avril 2015 alors que les tueurs visaient le boss Goran Djurikovic. Membre important du clan il était considéré comme le plus proche associé d'un des boss Radoje Zvicer. Se prétendant marin Baltic voyageait depuis des années avec un faux passeport italien principalement en Amérique du Sud. Baltic était l’homme des connections, celle avec les tueurs à gages comme le sud-africain Gregory Ferraris ou encore avec Goran Lenc.
La femme qui se trouvait avec lui ce soir là s'est avéré être une policière, Marija Nikolic une «marraine» de sa femme avec qui il se rendait voir sa femme. Bien que les tireurs n'étaient pas masqués, elle ne reconnu personne :«ça s'est passé en une fraction de seconde». Elle sera radiée de la police quelques mois après après avoir été accusé d'entrave à l'enquête pour s'être débarrassé d'un pistolet «compromettant», un Glock appartenant à feu Baltic en le jetant dans une poubelle. Preuve s'il en est qu'elle n'avait pas froid aux yeux. A-t-elle suivi des consignes particulières d'autrui ou les siennes propres, ça reste un mystère.

Si l'assassinat du monténégrin Dalibor Despotovic, 37 ans rue Zaplanjska à Belgrade le 5 février 2018 ne semble pas lié directement à la guerre qui nous intéresse. Elle dénote des cheminements d'alliances entre les différentes organisations balkaniques. De vieilles querelles se greffant aux nouvelles. Si la vengeance dans les Balkans n'est ni chaude ni froide, elle est en tout cas toujours servie avec du plomb. Dalibor ancien garde du corps de Slobodan Saranovic aurait payé 8 ans après sa participation à un complot de meurtre du boss Luka Bojovic. 
1 semaine plus tard, un trafiquant de Podgorica, Vjekoslav Lambulic, échappe de peu à un règlement de comptes sur un parking. En septembre 2015 il avait été acquitté des accusations de contrebande de 25 kilos de cocaïne entre Belgrade et Oslo. 

Assassinat de Baltic (Krik)

Début mars, la police interpelle 15 membres du clan Kavački et lance une enquête financière contre son leader Slobodan Kašćelan. Une partie du noyau est donc immobilisée même si la plupart seront vite relâchés après leur mise en examen.
Les policiers donnent l'impression de ne plus savoir où donner de la tête. On contrôle et on relâche. Comme si on les préférait dans la nature à s'entretuer. La sélection naturelle à la sauce balkanique. Darwinic.
Le 10 mars, Blazo Djurovic, 39 ans, est criblé d'une vingtaine de balles dans un guet-apens dans la banlieue de Belgrade à Dusanovac. Il avait déjà subi deux tentatives précédemment. C'est le 3ème criminel monténégrin à tomber sous les balles à Belgrade en 2018. Djurovic serait l'oncle de Vladimir «Japanac» Jovanovic, un membre du clan Zemun. Un homme a été arrêté à Zagreb. Darko Veskovic, 38 ans, est connu comme un tueur professionnel crédité de plusieurs liquidations. Il est proche du clan Škaljarski et de Filip Korac, bras-droit Luka Bojovic. Étrange car Blazo Djurovic, est censé appartenir au clan Zemun de Bojovic justement. Là encore de vielles rancœurs seraient à l'origine de l'attaque. En juin 2020 le procès des 2 tueurs présumés, Darko Veskovic et Nemanja Ivanov est repoussée car l'un des avocats d'Ivanov a été testé positif au covid-19.

Trafiquant, businessman, dirigeant sportif et politicien, tout en 1.

Moins d'une semaine après, on se retrouve dans l'ouest d'Amsterdam où survient une fusillade. La presse annonce qu'un jeune homme de 19 ans a été blessé, il décède le lendemain de ses blessures. Mais deux jours plus tard, la véritable identité de la victime s'avère être bien différente. Il s'agit du trafiquant de drogue, Goran Tasic, un serbe basé en Scandinavie. Il venait d'être déposé par un taxi quand il a été tué par deux hommes qui visiblement l'attendaient, il était arrivé aux Pays-Bas à peine 1 heure avant.
Selon Blic, Tasic a été accusé de trois tentatives de meurtres. Tasic était aussi un businessman, qui avait investi dans le club de football de sa ville natale, le Vranje Futbalski. Il a été condamné à 16 mois de prison pour une tentative d'extorsion. Il aurait été responsable aussi d'une fusillade dans une discothèque en juillet 2009 qui a blessé une femme. Et enfin il a été condamné à 5 ans et demi en 2010 (il n'en purgera que 2) après une tentative de meurtre contre Zoran «Popa» Popovic un associé du clan Zemun à Belgrade le 24 juillet 2003. Il était également actif politiquement et a été vu souvent aux côtés de Velimir Ilic, le chef du Parti populiste «Nouvelle Serbie». 
Que faisait-il là ? L'enquête n'a pour le moment rien donné mais il pourrait s'agir là aussi d'un «soldage de compte» entre réseaux, de drogue ou de blanchiment qui pullulent aux pays des tulipes. 

Goran Tasic tué à Amsterdam (AT5 ; AD.nl)Goran Tasic tué à Amsterdam (AT5 ; AD.nl)

Goran Tasic tué à Amsterdam (AT5 ; AD.nl)

Fin mars, Drazen Cadenovic est tué ce soir dans l'explosion de sa voiture à Podgorica. 
Cadenovic faisait partie d'un groupe criminel de Bar mené par Alan Kozar.
Kozar est un proche du clan Škaljarski. Il est sorti de prison à la mi 2013 après avoir purgé une peine pour tentative d'extorsion contre l'homme d'affaires Zarko Radulovic, copropriétaire d'un hôtel de luxe. Kozar a été arrêté avec un groupe dirigé par Sasa Boreta (Borete) et Ljubo Bigovic, qui ont été reconnus coupables de la liquidation du haut fonctionnaire de police Slavoljub Scekic.
Il était surtout proche des frères Vladimir et Dusko Roganovic du clan Kavacki comme quoi certaines amitiés ont perduré malgré la guerre.
Le 30 mars, nouvelle fusillade dans un café du centre de Podgorica. 2 morts.
Milos Sakovic, un associé du clan Škaljarski (comme le reste de la fratrie Minja et Marko) semblait être la véritable cible de l'attaque qui a aussi tué un homme innocent se trouvant à une table voisine Radivoje J.. 
Le 2 mai, deux hommes, Predrag «Vijesti» Pejovic et Dragan Damjanovic sont blessés dans l'explosion d'une voiture dans la ville de Niksic. Pejovic a été plus sérieusement touché et amputé des deux jambes. Il décède le 5 mai. Pejovic, avait été arrêté en 2005 car suspecté d’avoir trafiqué 28 tonnes de cigarettes avec Niko Roganovic, le père de Dusko et Vladimir Roganovic. Malgré cette arrestation commune, il semble que Predrag était lui un affilié du clan Skaljarski contrairement à la progéniture de Niko. Niksic est une ville moyenne du Monténégro qui se trouve sur la route principale entre Podgorica et Sarajevo. Autant dire que contrôler la zone peut s'avérer fort utile pour une organisation criminelle. Predrag fut en 2005 impliqué dans la contrebande de 28 tonnes de cigarettes.

(Vijesti)

(Vijesti)

Le Monténégro devient vite devenu trop petit pour autant de caïds qui se tirent la bourre. L'idée que chaque coin de rue de Kotor ou de Podgorica puissent abriter un tueur du camp adverse va pousser les plus exposés à vite trouver un point de chute dans un autre pays européen.

Ça n'est pas totalement par hasard que les policiers français de l'OCLCO contrôlent un véhicule en plein Paris en ce 9 mai 2018. Cette voiture conduite par un homme seul revient d'Espagne et si l'information est fiable, les policiers s'attendent à retrouver des armes planqués dans le coffre. Mais en lieu et place des armes ce sont 69 kilos de cocaïne (estimée à 2,5 millions d'euros ). Après plusieurs mois d'enquête, plusieurs membres d'un gang monténégrins étaient dans le collimateur. 4 autres personnes sont arrêtés dans la foulée dont une femme. Le présumé chef de la bande s'avère être Damir Meljovic, une des têtes pensantes du clan Kavacki. La police française estime que cette équipe était particulièrement active entre l’Île de France, l'Espagne et les Balkans. Plusieurs biens immobiliers, estimés à près de 500 000 euros, et qui auraient été acquis grâce au fruit de ce trafic de drogue pourraient également faire l'objet d'une saisie.
En plus du trafic de drogue, le groupe de Damir s'occupait aussi des faux papiers en passant par un réseau serbe démantelé en octobre 2017 et qui fournissait des passeports des différents pays de la région balkanique à une bonne partie des membres du clan en cavale. Le réseau utilisait les informations d'un policier corrompu qui avait accès à des listes de prisonniers dont le réseau se servait pour fabriquer les faux passeports. 
Le groupe de Darko Karaicic aurait fourni de faux passeports à plusieurs dirigeants du clan comme Vasilije Rafailovic, Vladimir Roganovic et Damir Meljovic lui-même entre 2015 et mai 2016. Rafailovic par exemple avait hérité du nom de Milos Miljkovic, un homme actuellement  incarcéré en Serbie pour une longue peine. Rafailovic est soupçonné des meurtres en janvier 2017 de Dordje Boreta et de Dragan Zecevic. Karaicic utilisait les informations de Rajko Simsic, un policier en poste à Uzice qui avait accès aux données du ministère de l'intérieur serbe. C'est lui qui fournissait les identités principalement de prisonniers incarcérés ou parfois de personnes décédées. La nouvelle identité plus le passeport coûtait en moyenne 8000 euros.
En novembre 2019, c'est un réseau croate au même modus operandi qui est démantelé.
Il s'agissait de deux groupes distincts, le premier dirigé par Nusrest Seferovic le président du Conseil des associations roms de Croatie. Il utilisait les services d'un policier du service des relations publiques de la police de Karlovac. Le 2ème groupe fabriquait les dits documents, environ 140 ont été fournis principalement aux clans Skaljarski et Zemun. Si la guerre entre clans a forcément provoqué une bougeotte chez les belligérants cherchant à semer les tueurs de chaque côté, ces passeports vont alimenter leurs déplacements durant plusieurs années et tisser la toile du «réseau kotorien» par delà les Montagnes Noires.

Damir Meljovic (Dan.co.me)

Damir Meljovic (Dan.co.me)

S'il y a peu de conséquences directes de cette guerre sur la société civile même si on ne peut minimiser l'impact des assassinats, fusillades et voitures piégées dans les lieux de vie et les dizaines de témoins, l'impact sur les médias semble lui beaucoup plus lourd. Depuis le début du conflit les médias comme Blic, Vijesti, Kurir et Novosti accordent une part importante à l'évocation de cette lutte entre criminels. Témoins de cette violence endémique, les journalistes n'occultent aucuns détails et n'hésitent jamais à nommer les gangsters. 
Le 16 mai, la journaliste, Olivera Lakic, âgé de 49 ans est blessée par balle à la jambe droite devant son domicile de Podgorica. Il s'agissait là de la deuxième attaque en un mois contre cette journaliste spécialisée dans la corruption et le crime organisé, employée du journal Vijesti. 
5 jours après, Miodrag «Migi» Kruscic, le propriétaire de la boite de nuit «Beagle» est abattu par un homme alors qu'il était assis à une table de restaurant avec la journaliste Jelena Jovanovic. Le tueur a réussi à s'enfuir, on retrouvera son véhicule en flammes quelques kilomètres de là. La journaliste est indemne mais choquée. Elle n'était pas la cible, Migi était en effet un proche du clan Skaljarski.
Son nom avait commencé à être divulgué dans les médias en janvier 2017 lorsque il est arrêté au «Urban Bistro 21» dans le cadre d'une descente de police, en compagnie de Stevan Stamatovic et Milic-Minja Sakovic deux truands d'importance de Podgorica. Dans sa déclaration à la police, il a ensuite confirmé qu'il avait tenté de dissimuler un sac où se trouvait le pistolet et les documents personnels de Stevan Stamatovic. S'il n'y a pas eu de mise en examen, Miodrag a demandé aux autorités d'évaluer sa sécurité car il se sentait menacé. En mars dernier une puissante explosion avait visé l'entrée du Beagle sans faire de victimes.
On n'apprendra qu'en février 2019 par la voix du chef de la police de Podgorica, le nom du tireur, Mario Milosevic un membre du groupe Krimi de Podgorica dirigé par Filip Besovic. 
Mario est à ce moment là déjà en prison pour ports d'armes. Libéré sous conditions le 28 février 2020, il est de nouveau interpellé à peine quelques minutes après avoir franchi les murs de la prison. Inculpé cette fois pour le meurtre de Radomir Djurickovic en 2016 mais mais le juge va annuler la requête et le mettre en garde à vue pour le meurtre de Miodrag Krusic, pour lequel il n'avait toujours pas été mis en examen malgré la déclaration de février 2019 du chef de la police et aussi pour avoir participé à l'attaque sur Olivera Lakic en mai 2018. 

Un demi-sel qui monte en gamme

Au mois de mars 2018, un engin explosif a visé un magasin d'optique appartenant à la famille de Mario Milosevic. Ce dernier, proche de Djordje Sekulovic tué en début d'année dernière a déjà un casier long comme un jour sans pain. Arrêté une 1ère fois en 2002 pour un double meurtre à Budva. En 2015, il a tenté d'enlever des ressortissants suédois et de leur extorquer 250 000 euros. Il a été arrêté la même année pour une bagarre dans un pub du centre de Podgorica. 
Lors de la libération de Mario en février 2020, la police a pu constater que le gangster s'était visiblement fait des connections en prison et qu'il était monté en gammes.
Un groupe d'hommes l'attendaient à l'extérieur. Les policiers sont formels, ils ont bien reconnus les leaders du gang de Zagorje, les frères Radislav «Gile» Stanisic et Vidoje Stanisic. Ni plus ni moins que le même comité d'accueil que le boss des Kavacki, Slobodan Cascelan libéré sous conditions fin décembre 2017. 
Les Stanisic sont soupçonnés d'avoir participé à plusieurs épisodes violents notamment la destruction de 3 voitures appartenant à des journalistes du journal Vijesti à l'été 2011 et en février 2014. Un an plus tôt, ils ont été condamnés pour avoir frappé le fils du politicien Nebojsa Medojevic. En septembre 2012, la police a arrêté Vidoje Stanisic, mais aussi Nikola et Nebojsa Markovic, Bojan Pejovic, Dragan Kovacevic, Radonja Vulevic, pour avoir commis près d'un million de fraudes informatiques avec le "cerveau de l'opération", le hacker Milod Cujoviovic. Cujovic, qui est un magicien dans le secteur du piratage, a retiré près d'un million d'euros des comptes de banques suisses, et l'argent est allé au Monténégro au nom des membres du gang. , Vidoje Stanisić a été condamné à un an et 10 mois de prison par une décision de la Cour d'appel. Le groupe de sept membres a été condamné à 11 ans de prison au total. Fin 2015, dans la boîte de nuit «le Velvet», la même bande provoquent une bagarre géante avec des membres de l'Unité d'Intervention de la police qui faisait une descente.
Radislav Stanisic ainsi que Sasa Klikovac, et 3 autres amis ont par la suite été condamnés à quatre ans et quatre mois de prison. Vidoje Stanisic a seulement a été condamné à 10 mois.

Au sein du même gang Zagorje on trouve donc des affidés des deux camps. Pas étonnant vu les liens commerciaux passés mais ces proximités vont rajouter au chaos ambiant mais surtout à son corollaire, la paranoïa qui ferait perdre son toscan à un corse.

 

 

(Sources : Vijesti ; Krik ; Blic; Kurir ; Le Point ; Dan.co.me)

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