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Si ça ne vient pas de l'AFP c'est que ça n'est pas réellement arrivé!


La poudrière du Monténégro partie 5

Publié par Desmoulins sur 21 Mars 2021, 16:09pm

Catégories : #Balkans, #crime organisé, #Mafia, #Monténégro

Radovan Laketic (Informer)

Radovan Laketic (Informer)

Le corps porteur de plusieurs impacts de balles se trouvait au milieu des fourrées dans un coin reculé de Vozdovac, une des 10 municipalités urbaines qui composent la capitale serbe. Ce quartier est posé sur plusieurs collines et bordée d’une des deux montagnes de Belgrade, le mont Avala. Un lieu bucolique qui n'a pas été épargné par les luttes intestines au sein de la pègre des Balkans. 
C'est là que la vie chaotique de Radovan Laketic s'est terminée à l'âge de 37 ans. La police l'a retrouvé là en pleine verdure avec son sweat de couleur et son bermuda blanc jurant avec la monochromie ambiante. 
L’homme, originaire du Monténégro, avait été arrêté en 2009 après la découverte de stupéfiants à son domicile. Il était alors considéré comme l'un des plus important revendeur d’héroïne local. Condamné à 10 ans de prison en 2010, Laketic avait été extradé en 2013 vers le Monténégro où il avait également été condamné pour trafic de drogue. Il était sorti de prison il y a 6 mois. Il aura probablement fait des rencontres importantes durant son séjour même s'il avait perdu de sa superbe. 
Il a été abattu par Predrag Dangubic, 47 ans, un ancien membre du JSO (Jedinica za specijalne operacije, les ex forces d'élite de la police yougoslave dissous le 25 mars 2003 pour son implication dans des crimes de guerre en Bosnie et les liens de son dernier chef Milorad Ulemek avec le crime organisé et l'assassinat du président serbe Zoran Dindic et aujourd'hui membre important d'un clan monténégrin qui sera arrêté à la fin du mois. Il a aussi été membre du MUP (Ministère de l'Intérieur) de 1997 à 2003 avant de venir un membre important d'un groupe de trafiquants d'héroïne.

(CdM)

(CdM)

4 jours plus tôt, dans la soirée du 28 mai c'est une autre vieille connaissance du crime belgradois qui est assassiné.
Dragoslav Miloradovic, 43 ans, un proche collaborateur du boss du clan Zemun, Luka Bojovic, actuellement incarcéré en Espagne, est abattu sur un parking du quartier belgradois de Karaburma au bord du Danube. Deux hommes à moto lui ont tiré dessus vers 20h30 alors qu'il était en pleine conversation téléphonique. Miloradovic était officiellement propriétaire d'un lave-auto, officieusement, il était connu de la police pour faux documents et possession illégales d'armes. Il servait de paravent à tout un tas d'activités liées au clan. Sur les lieux quelques minutes après les tirs, la mère et la soeur de Luka Bojovic sont aperçues en train de consoler la femme de Dragoslav. Cette proximité n'a rien d'étonnante, Miloradovic était perçu comme un parrain pour la famille Bojovic depuis la mort du "patriarche Bojovic", Vuk en 2014. Il accompagnait les proches de Luka partout, et était présent à chaque procès. Plus qu'un associé, Dragoslav était un membre de la famille, même pas un authentique gangster, juste un homme de connections. Dans le jargon on qualifie ces contrats de "easy target", des "cible faciles". Les victimes circulent sans gardes du corps, inconscientes souvent du danger qu'elles courent malgré leurs proximité avec des éléments du crime organisé.
Il y a deux théories qui se disputent, celle de la suite de la vendetta entre les Bojovic et les Saranovic qui a déjà vu la mort de Nikola Bojovic, le frère de Luka et celles de Branislav et Slobodan Saranovic, les leaders rivaux. A l'enterrement de Nikola c'est une bonne partie de l'état-major, encore en liberté, du clan Zemun qui était présent en tête du cortège funèbre. Dragoslav, Rade Rakonjac tué en 2014 et même Filip Korac, boss en intérim.

Au service de l'Etat

Encore aujourd'hui le mobile du meurtre est inconnu. Il y a deux théories qui se disputent, celle de la suite de la vendetta entre les Bojovic et les Saranovic qui a déjà vu la mort de Nikola Bojovic, le frère de Luka et celles de Branislav et Slobodan Saranovic, les leaders rivaux. La deuxième théorie est celle d'une redistribution d'influence en Serbie dû à la détention longue durée de Luka.
La deuxième piste si elle n'est pas plus privilégiée que l'autre soulève beaucoup d'interrogations. Malgré la détention de Luka, le clan Zemun semble encore tellement intouchable à Belgrade qu'on peine à y voir une tentative de fronde face à leur hégémonie. Hégémonie obtenue grâce à des contacts avec les autorités belgradoises notamment via l'accord officieux du chef de la Sûreté de l’État, Rade Markovic pour «nettoyer la ville de la concurrence». Au début des années 2000 alors que le parrain Arkan vient d'être tué, ses héritiers auto-proclamés vont se lancer dans une surenchère de violence. Éliminant leurs rivaux et tous les possibles commanditaires du meurtre de leur mentor, un à un. Réglant aussi des comptes internes au sein des hautes sphères de la sécurité d'état comme l'assassinat de Momir Gavrilovic, l'ancien chef adjoint du service de renseignement en 2001 et celui de Bosko Buha, chef adjoint de la sécurité publique du ministère de l'Intérieur. Ces meurtres dépeignent en toile de fond une collusion quasi totale avec les services secrets de Slobodan Milosevic. Mais en fermant ainsi les yeux sur les activités de la bande de Luka Bojovic, l'Etat serbe l'a rendu puissant, trop puissant sans doute aux yeux de certains. Le meurtre du premier ministre serbe, Zoran Djindic, un rival coriace de Milosevic, assassiné par un sniper d'une balle en plein cœur le 12 mars 2003 va être constituer la fi ndes haricots pour les Zemun mais aussi pour Milosevic et ses sbires. Les regards se tournent vite vers Novi Dvor, le palais présidentiel héritage du passé royal de la Yougoslavie, car personne n'est dupe en Serbie sur les véritables commanditaires de ce règlement de compte. 

La fin d'une collaboration

Le pouvoir devant réagir et vite trouver des fusibles, va lâcher les Zemun qui dès lors ne bénéficieront plus des protections d'antan. 
Le 27 mars, Dusan «Duce» Spasojevic, 35 ans et Mile «Kum» Lukovic, 34 ans, deux leaders du clan Zemun sont exécutes à Meljak lors d'une fusillade avec la police qui a tenté de les arrêter. Leurs liens avec l'assassinat sont flous mais pour les pouvoirs publics il s'agit d'un acte de premier ordre pour contrer les rumeurs de gabegie face au crime organisé. 
Après ça le sniper présumé est arrêté et condamné, les autres leaders traqués un peu partout. Luka Bojovic fuit en Espagne et échappe au coup de filet qui verra une centaine de membres, proches et associés des Zemun dont des membres du service secret sous les verrous dont Milorad "Legion" Ulemek, le charismatique ex commandant de l’«Unité des Opérations Spéciales» de la police serbe. Ce faisant Luka s'impose dorénavant comme le seul leader du clan.
Cela n'empêche pas les Zemun de continuer à s'étendre, en plus de l'Espagne où il se font une place au soleil aux côtés des camorristes de Scampia et ils «s'emparent» des Pays-Bas après plusieurs éliminations ciblées de rivaux liés au clan de Sreten Jocic. 

Ulemek du temps de son service  (Alchetron)

Ulemek du temps de son service (Alchetron)

Bojovic est arrêté en février 2012 à Valence pour braquage et trafic de drogue. En 2014, il prend une peine supplémentaire pour avoir tué, torturé, démembré et en partie mangé avec 3 autres hommes, un de leur complice Milan Jurisic en mars 2009.
Durant sa détention le clan va connaître des remous, la mort dans un accident du chef par intérim Luka Djurovic, dont le gang à Bar octroyait un lien privilégié avec les narco monténégrins. Djurovic se tue dans un accident de voiture à Kotor que certains qualifient encore aujourd'hui d'accident étrange. Il sera remplacé par Alan Kozar. Et quelques mois plus tôt c'était Nikola Bojovic, le petit frère qui tombait sous les balles des rivaux des Saranovic. Les Zemun ont tellement remué ciel et terre pour se débarrasser de leurs rivaux qu'ils en ont, en fait, déterrer un plus grand nombre encore.
Mais jamais on avait compté autant d'attaques frontales contre eux et pourtant il semble bien qu'un vent nouveau et puissant tente de déraciner les Zemun de leurs bases opératives.

Assassinat de Sinisa Milic (Blic)

Assassinat de Sinisa Milic (Blic)

En ce mardi 19 juin 2018, une forte explosion se fait entendre vers 13h sur une route de Belgrade. Il s'agit de celle d'une voiture qui a été littéralement soufflée alors qu'elle roulait à vive allure sur l'autoroute. Le conducteur est tué sur le coup. Ce dernier s'avère être Sinisa «Boske» Milic, 44 ans, un proche de Filip Korac, cette fois l'un des leaders du clan Zemun. Boske était un ancien membre des Unités anti-terroristes serbes (SAJ) et il avait été arrêté en novembre 2015 pour avoir été aperçu 8 fois en 24h dans son Audi devant l'adresse du Premier Ministre Aleksandar Vucic. Originaire de Bosnie, il avait été un proche de Luka Djorovic avant de devenir le chef de la sécurité de Filip Korac. C'est après ça que Milic est parti s'installer à Belgrade. En octobre Darko Dulovic, 28 ans, le présumé organisateur du meurtre est arrêté en Bosnie. On ne sait rien encore de sa filiation mais si les Saranovic sont soupçonnés d'autres regards se tournent vers Kotor. 
Et si ces assassinats ciblés étaient l’œuvre d'un groupe de Belgrade, lié aux Kavacki et voulant s'attaquer au terrain des Zemun, identifié comme des proches des Skaljarski ? La théorie est convaincante mais pour le moment tous ces affaires sont en attente de preuves et de faits.
Un mois plus tard un proche collaborateur de Luka Bojovic, est arrêté à Anvers. Dans son appartement on a saisi 4 kilos de cocaïne et 1,7 millions d'euros. Avec lui a été arrêté un ancien membre du gang de Suad «Batko» Music, un gros trafiquant d'héroïne qui est pourtant loin d'être un ami des Zemun. En  effet le clan l'avait été enlevé moyennant rançon en 2003. Mais en ces temps de troubles, les alliances et les trahisons vont bon train.

Après cet aparté contextuel, on en revient à nos monténégrins plus motivés que jamais à interrompre les lignes de vies de leurs rivaux.

Dans la soirée du 21 juin à Zarkovo (Belgrade), c'est justement un «natif de» Sava Stevovic, 45 ans, qui tombe sous les balles. Originaire de Niksic, Sava est abattu alors qu'il se trouvait dans sa voiture, comportant une plaque suisse où il vivait depuis 10 ans. Il était bien connu de la police et était récemment revenu au pays après avoir purgé une peine de prison à l'étranger. 15 min après le meurtre, une BMW en flammes avec de fausses plaques a été retrouvée. Son casier comportait 23 condamnations depuis 1995. 
Si la police pense qu'il a été victime d'un règlement de comptes entre trafiquants pour une affaire en Suisse, la piste «Kotor» n'est pas écartée.
C'est déjà dans ce quartier que 3 mois plus tôt Dragoje Trisic, se faisait liquider de 2 balles dans la poitrine alors qu'il sortait de l'immeuble où vivait ses proches. Caïd aux multiples condamnations, Trisic avait ouvert un coffee-shop il y a quelques mois. Un de ses amis avait été assassiné par le clan Zemun en 1998 parce qu'il avait comploter contre un des leaders. Les soldes de vieilles rancunes continuent.
1 semaine plus tard, toujours à Belgrade, Un homme, Vaso Delibasic, originaire de Bar est tué par balles par plusieurs inconnus alors qu'il circulait à moto rue Makedonska vers 13h00. Touché deux fois à la tête et 3 fois dans le corps, il n'a pu être secouru. Selon les autorités, il était un proche du clan de Bar-Budva de Luka Djurovic (tué en 2013 dans un accident de voiture) qui a été repris depuis par Alan Kozar et il aurait été aussi un ancien associé de Luka Bojovic. 
Sa filiation clarifiée, les exécutants ne font aucun doute. C'est signé Kavacki.

 Darko Kulic  (DispatchLive)

Darko Kulic (DispatchLive)

Le 17 juillet 2018, c'est 13411 kilomètres au sud de Belgrade qu'on retrouve le criminel Darko Kulic, un «originaire de Zemun», abattu à Randburg (banlieue de Johannesbourg) par des inconnus qui ont criblé son véhicule de 30 balles. Il faisait partie de ces dizaines de criminels des Balkans venus s'expatrier depuis une dizaines d'années.
En Afrique du Sud, ils ont repris les mêmes cœurs d'activités qu'au pays, racket, extorsion, trafic d'armes et de drogues et une lutte se serait engagé avec un gang de bulgares. (lire l'article Darmanovic)

Quand les situations se tendent comme c'est le cas actuellement, certains corporations se retrouvent happées dans la nasse et emportées comme fétus de paille dans les vagues de violence qui se succèdent. Le petit chef d'entreprise, le concessionnaire, le directeur de clubs, le promoteur immobilier, associé d'affaires, l'avocat. Ce qu'on peut appeler communément «la mafia de col blanc», par qui l'argent et les opportunités arrivent alimentant ainsi par leurs actions la corruption criminelle et ces cycles de violences. 
En cette fin de journée du 28 juillet 2018, Dragoslav «Misa» Ognjanovic, un des plus célèbre avocat de Serbie, rentre à son domicile situé rue de la Lutte Antifasciste (Ulica Antifasisticke Borbe) à New Belgrade (Novi Beograd) accompagné de son fils Petar. 

Dragoslav Ognjanovic (Blic)

Dragoslav Ognjanovic (Blic)

C'est à ce moment-là qu'ils sont la cible d'une attaque par un groupe d'hommes qui fait feu sur eux. Dragoslav est tué et son fils blessé à la main. La théorie d'une tentative de vol est vite écartée. Il s'agissait bien d'un règlement de comptes qui a visé le magistrat.
Âgé de 56 ans, l’avocat était une sommité dans sa profession. Traversant 3 décennies de tumultes politico-crimino-financier en Serbie. 
Il a été le conseil de Slobodan Milosevic devant le Tribunal International de La Haye, mais il s’était surtout spécialisé ces dernières années dans la défense de Luka Bojovic, de sa famille et de ses associés. Il pourrait donc s’agir d’un nouvel épisode de la guerre entre  la famille Saranovic et les Zemun. Mais le panel de clients de «Misa» est si large qu'on peine à éluder telle ou telle piste. Tel notre ministre de la justice français actuel, il a multiplié des affaires mais lui on ne l'a pas surnommé «Aquittator» mais plutôt «l'avocat du Diable». De la à y voir une vrai différence de perception du métier d'avocat dans nos deux cultures il n'y a qu'un pas.
On le retrouve en tout cas au procès des meurtriers de Brice Taton, supporter toulousain battu à mort par une frange d'ultras Grobari du groupe Alkatraz, en tant qu'avocat de Djordje Prelic mais aussi comme avocat d'Igor Vukotic un des leaders des Škaljarski. Le métier d'avocat qui plus est spécialisé dans la pègre équivaut souvent à faire le grand écart sur un fil mais si vraiment «Misa» a joué le baveux pour les leaders de deux entités rivales jusqu'au sang, c'est l'équivalent en acrobatie d'un vol en swingsuit. C'est beau de le tenter mais on ne sait pas où ça va mener.

Opérer un tel contrat, contre un homme aussi médiatique ne peut venir que une organisation aux reins solides qui n'a peur ni de mordre ni du bruit de la morsure.
L'enquête serbe piétine rapidement, sans parler d'incapacité, le phénomène de gabegie touche une large part des services répressifs locaux à l'instar d'autres régions du monde (qui a dit la Calabre?). 
Toutefois un nom va sortir du chapeau via une autre affaire.

 (Kosmo)

(Kosmo)

A peine 2 semaines après l'assassinat de «Misa», une bombe explose dans un véhicule à Galenika, dans le quartier Zemun de Belgrade vers 02h30. L'engin était placé sous le siège conducteur et une jeune femme a été blessée tandis que la véritable cible selon les enquêteurs, elle, en a réchappé. 
On apprend vite que cette cible se trouve être un homme du nom de Strahinja Stojanovic un criminel proche des Saranovic. Si la voiture n'était pas à son nom, tout Belgrade savait qu'il la conduisait.
Ce jeune homme de 28 ans, a déjà un long passif de confrontation avec les Zemun qui s'ils ne sont pas encore accusé de l'attaque en sont fortement soupçonné.
Il avait été cité comme témoin dans le procès des tueurs de Nikola Bojovic, le frère de Luka en 2013. Son propre père Paja, a été exécuté à Zemun il y a 4 ans. 
La femme blessée est une espagnole de 20 ans, Olatz B.G., une ex miss Marbella qui est la petite amie de Stojanovic. Elle venait rechercher son portable laissé à l'intérieur de la voiture quand la bombe a explosé. Strahinja l'a retrouvé près du véhicule, grièvement blessée aux jambes. Des brûlures au 4ème degré qui nécessiteront des greffes de peau. Le couple venait d'arriver en Serbie après avoir fêter le 2 août dernier les 20 ans d'Olatz. 
La police va s'intéresser au profil de Strahinja de plus près. Ces 2 épisodes violents à si peu d'intervalle ne peuvent qu'être en lien l'un avec l'autre pensent les enquêteurs. S'il n'était probablement pas à Belgrade le jour du meurtre d' Ognjanovic, sa proximité avec les Saranovic va titiller la curiosité des policiers. Et ils ne tardent pas à trouver un autre lien intéressant, celui menant au clan Kavacki. A travers le faisceau d'alliance qui traversent les Balkans de part en part, et on a déjà évoqué cela, les Saranovic, très affaibli ont opéré ces derniers mois un rapprochement avec les résidents de Kavac. Pouvant se rendre des services mutuels, un pied à terre à Belgrade pour les Kavacki, une logistique et une aide dans la lutte contre les Zemun pour les Saranovic. C'est gagnant gagnant puisqu'on le sait déjà les Zemun eux, ont depuis longtemps choisi leur camp. A suivre...


«La soif de dominer est celle qui s'éteint la dernière dans le cœur de l'homme».
Machiavel.

 

Sources : Blic ; Kurir ; Crimorg.com ; 

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