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Si ça ne vient pas de l'AFP c'est que ça n'est pas réellement arrivé!


Donato Bergamini, autopsie d'un mystère calabrais. Partie 1

Publié par Desmoulins sur 7 Mars 2022, 16:54pm

Catégories : #'Ndrangheta, #Calabre, #Justice, #Santé, #Société, #Sport

Donato "Denis" Bergamini (FanPage)

Donato "Denis" Bergamini (FanPage)

Si vous vous rendez un jour à Cosenza en Calabre pour aller voir jouer le club de football local au stadio San Vito-Gigi Marullà, vous aurez peut être la chance d'assister au match au sein de la Curva Sud Donato Bergamini. Un tel honneur de nommer ainsi un virage ne peut être dévolu qu'un à un joueur extraordinaire et emblématique. Donato n'a pourtant pas eu une longue carrière à Cosenza, il n'est pas entré dans les annales par ses stats (111 matchs sous les couleurs de Cosenza tout de même pour 3 buts) mais par son aura, sa mentalité irréprochable mais surtout hélas pour sa fin tragique. Cette fin Donato va la connaître le 18 novembre 1989 quand son corps est retrouvé sans vie sur une route près de Roseto Capo Spulico dans la province de Cosenza. Un triste fait divers qui va devenir une affaire emblématique où quand l'autopsie d'un homme devient aussi celle d'une région.

Son corps retrouvé sur une route nationale. (QuiCosenza.it)

Son corps retrouvé sur une route nationale. (QuiCosenza.it)

La Calabre est une région âpre qui met à rude épreuve ses habitants et il en est donc de même pour ses footballeurs. Un environnement délétère sature l'air calabrais en cette fin de décennie, la guerre entre clans fait rage et n'épargne personne. On assassine à tour de bras dans la pure tradition des faide où aucun sang, fusse-t-il innocent, ne continue à circuler dans les corps des rivaux. Si la région de Cosenza est un peu plus épargné que celles de Vibo, Gioia Tauro ou encore Reggio, les enquêteurs locaux sont bien plus mobilisés sur des histoires de crime organisé que sur toute autre chose. Et pour les enquêteurs pas de mystère ni de doute, il ne s'agit pas une affaire criminelle mais bien d'un suicide.
Les proches, eux, n'ont jamais voulu croire à cette idée d'un Donato dépressif. Et cette abnégation, qui les a guidé durant 30 ans, ainsi qu'un vrai travail d'investigation mené sur le tard a permis en 2021 la tenue d'un procès. Toutefois cela n'a pas été sans plusieurs rebondissements. Retour sur une affaire rocambolesque.

(QuiCosenza.it)

(QuiCosenza.it)

Donato «Denis» Bergamini a débuté modestement dans le football, sous le maillot d'Imola lors de la saison 1982-83 club alors en Interrégionale. Ce n'est qu'en 1985 qu'il touche au monde pro en signant à Cosenza qui se trouve alors en Serie C1 (3ème division). Il va y évoluer durant 5 saisons, devenant un joueur apprécié des ultras locaux et facilement reconnaissable à sa crinière blonde.
En 1987-1988, Cosenza remporte le championnat de Serie C1 et revient en Serie B après 24 ans d'absence. Bergamini est titulaire dans l'équipe de Gianni Di Marzio, disputant 32 matchs sur 34. Le 11 septembre 1988, il fait ses débuts en Serie B lors du match Cosenza-Gênes (0-0). Lors de cette saison, peut-être la plus belle de l'histoire de Cosenza (entraîné par Bruno Giorgi), il a également signé son premier et unique but en Serie B, lors du match entre Cosenza et Licata (2-0).
En raison d'une blessure, il ne peut jouer que 16 matchs, mais à la fin de la saison, il fait part de ses envies de voir autre chose, Parme fait tout pour le signer, mais Cosenza le déclare non transférable, le confirmant pour une autre saison, la dernière de sa carrière. (source wikipédia)

Un sol trempé et un corps sec.

Arrive ce funeste 18 novembre 1989 où Denis est retrouvé mort au bord de la route nationale 106 Jonica (qui fait le trajet le long de la côte ionienne entre Tarente et Reggio de Calabre). Sa dépouille se trouve au km 401 exactement près de Roseto Capo Spulico, une petite commune d'à peine 1800 habitants dans la province de Cosenza. Il avait beaucoup plu ce jour-là ce qui n'est pas une rareté dans la région l'automne venue. La chaussée était boueuse et pleine de trous remplis d'eau de pluie. Le sol est détrempé mais la visibilité semblait tout à fait adéquat pour les conducteurs. Le corps de Denis ne présente pas de grand dommages eu égard à la violence supposée d'un tel choc et surtout ses vêtements semblent secs.
A l'époque pourtant ces petits coups de canif dans le contrat ne semblent pas gêné les enquêteurs et la mort par suicide semble, pour eux, la plus plausible. 
En effet, la police va corroborer cette version avec les propos de plusieurs témoins qui soutiennent avoir vu Bergamini se jeter sous les roues d'un camion qui l'aurait ensuite traîné sur environ 60 mètres. 
L'enquête est rapidement close surtout grâce au témoignage de la petite amie de Donato, Isabella Internò âgée de 19 ans qui se trouvait avec lui au moment du drame. Elle affirme avec force et conviction avoir «bien vu son fiancée se jeter au devant du camion pour en finir». Basta cosi, la police remballe son matériel et rien n'est envisagé pour clarifier ce qui s'est passé. Le témoignage du routier qui dit n'avoir vu la victime qu'au dernier moment contraste pourtant avec celui d'Isabella qui raconte que Donato aurait marché plusieurs secondes sur la route en direction du camion. Quant à l'autopsie, elle ne sera effectuée que 50 jours après. 
Dans le club, tout le monde est bouleversé, on lui rend abondement hommage notamment son coéquipier et ami Michele Padovano qui lors du match suivant contre Messine qui se disputa le lendemain même, porte le numéro 8 du disparu. Il marque même un but ce soir-là, tout un symbole. Et c'est bien ce que va devenir le figure de Bergamini. Une icône, un nom qu'on cite, qu'on révère, et qu'on transmet aux nouvelles générations de fan. A l'image d'un Gaetano Scirea, joueur emblématique de la Juve décédé accidentellement lui aussi quelques mois plus tôt, on renomme la Curva sud du stadio Gigi Marulla «Donato Bergamini». Un buste est même érigé et conservé dans les vestiaires.

"Denis" au milieu des ultras de Cosenza (La Repubblica)

"Denis" au milieu des ultras de Cosenza (La Repubblica)

La sœur courage et un club mobilisé

S'il reste présent dans le cœur et les têtes de ses fans, ses proches eux sont toujours viscéralement en quête de vérité. Vivant au présent et subissant chaque jour ce drame et ses conséquences néfastes sur leurs propres vies. La rapidité de l'enquête et ses conclusions tout aussi hâtives n'ont fait que raviver leurs douleurs. Quelque chose ne va pas dans cette version de l'histoire et cette croisade va vite devenir celle de tout un club.
Le procès du routier, Raffaele P., pour homicide involontaire se termine par son acquittement. Une suite logique à la thèse défendue par les enquêteurs qui est celui du suicide. De nombreuses zones d'ombres y resteront. Mais c'est parfois de l'ombre que viennent les plus belles fleurs et les plus beaux espoirs. Le combat de la famille continue porté notamment par la sœur jumelle de Donato.
Un point notamment choque l'entourage et ceux qui ont pu consulter les pièces du dossier. Quand le corps est découvert, il ne présentait aucunes blessures compatibles avec le fait d'être écrasé et trainé sur plusieurs dizaines de mètres et surtout il n'était pas boueux ou mouillé malgré les pluies et flaques d'eau présentes sur le lieu et qu'on peut constater sur les photos prises après l'accident. 
Pourtant le dossier ne sera pas réouvert, laissant place aux spéculations le plus folles et la Calabre est malheureusement un terreau fertile pour cela. 
En 2001 un livre appelé ««Le footballeur s'est suicidé» paraît dans lequel l'auteur fourni quelques détails sur l'histoire supposée de Denis. Selon lui, la pègre faisait pression pour influer les résultats des matchs et Bergamini, un athlète propre et leader du vestiaire, s'était opposé à cette pression. On ne nomme pas les commanditaires mais en Calabre tous les chemins et particulièrement la 106 Jonica mènent à la 'Ndrangheta. 
Ces faits cependant n'ont jamais été prouvés et surtout il s'appuie sur la version unique de la fiancée de Donato qui on le sait est sujet à caution. Cet ouvrage a toutefois la vertu d'offrir un éclairage sur un période pas bien nette du calcio italien et ce même s'il n'aborde pas le nœud du problème du dopage endémique qui y sévissait alors également. L'auteur du livre est un ex joueur professionnel de la Roma et du Milan AC, Carlo Petrini et cela va contribuer à alimenter tout un circuit de rumeurs sur la mainmise de la pègre dans le monde du foot et de son poids dans les vestiaires transalpins.
D'autant plus qu'Isabella à l'époque des faits avait donné une explication au suicide. «Des pressions» là aussi. Donato aurait voulu fuir à l'étranger, c'est pour cela qu'ils sont partis précipitamment de Cosenza la veille du match contre Messine. Ses coéquipiers racontent aux proches cette sortie au cinéma de laquelle Donato et Isabella vont partir avant la fin pour une destination inconnue. 

Mobilisation pour la vérité dans l'affaire. (La C News 24 ; storiedisport.it ; Foursquare)
Mobilisation pour la vérité dans l'affaire. (La C News 24 ; storiedisport.it ; Foursquare)
Mobilisation pour la vérité dans l'affaire. (La C News 24 ; storiedisport.it ; Foursquare)

Mobilisation pour la vérité dans l'affaire. (La C News 24 ; storiedisport.it ; Foursquare)

Fuir oui, mais qui ?

«Il voulait aller à Tarente et quitter le pays (…) mais je ne voulais pas partir» raconte-t-elle aux carabiniers.
La suite de sa version fait l'état d'un Donato désemparé face au refus de sa fiancée de le suivre, il sort alors de sa voiture et se met à marcher sur la route jusqu'à être heurté par ce camion transportant des mandarines.
«Fuir oui, mais fuir qui ?» Se demande-t-on. Le livre de Petrini va agir comme un porte voix à cette version d'un réseau de criminels officiant dans les paris, une épée de Damoclès qui pèse sur les sportifs depuis l'établissements des ligues professionnelles.
Et puis on était en Calabre, rien de plus logique à ce que l'environnement criminel de Cosenza ait pu avaler tout cru le club de foot local et ses acteurs. A l'époque une guerre fait rage au sein de la mafia calabraise et les morts se comptent par centaines par an. Il s'agit d'éliminer tout et tout le monde façon Keyser Söze. La technique de la terre brûlée dans son expression la plus vile. La mort de Donato aurait pu passer tragiquement inaperçu eu égard à l'actualité calabraise. Une victime corolaire d'un climat malsain et saturé de violence. Quoi de plus logique de voir ses hommes tomber, victime d'un système 

Un cas similaire en Sicile ?

L'hypothèse selon laquelle Bergamini aurait été le protagoniste d'un trafic de drogue qui aurait également touché d'autres joueurs de Cosenza a elle aussi alimentée les colonnes des journaux.
Cette affaire va avoir un écho jusqu'en Sicile lorsque le 17 janvier 1991 Angelo Bellavia un autre ex-footballeur de 30 ans ayant connu très brièvement les joies de la Serie A avec Palerme se suicide à Agrigente (Sicile), une autre terre meurtrie par les affres mafieux. 
Pour lui aussi les rumeurs ont fleuri, toutes écartées par les enquêteurs. Toutefois si le suicide semble bien véridique dans le cas de Bellavia, la rumeur de l'implication de Cosa Nostra dans la détérioration morale et mentale d'Angelo qui avait pris sa retraite 5 ans plus tôt, fait encore long feu aujourd'hui. Et notamment l'évocation de son enlèvement et son tabassage par des éléments d'un boss jaloux que sa femme soit tombée amoureuse d'Angelo. Le fait est que ce dernier était aussi le gendre du politicien socialiste Filippo Lentini ce qui n'a fait qu'ajouter un ingrédient de plus à un mélange déjà détonnant dans la Sicile des années 90. 
Mais dans le cas de Denis, face à ce faisceau de théories sans preuves la famille n'a jamais dbaissé les bras pas et en 1994 un procureur de Castrovillari rouvre le dossier. Mais c'est une «joie» de coutrte durée, celui-ci croit lui aussi à la thèse du suicide et rien n'avance sur la piste criminelle envisagée par ls proches. 
C'est sans compter sur l'abnégation de la sœur jumelle de Denis, Donata, qui tente de mobiliser l'opinion publique par différents moyens avec le soutien des Ultra Cosenza qui lance un appel pour le «Bergamini Day»  sur le forum «Cosenza United» pour le 27 décembre 2009.
La manifestation n'avait qu'un seul but, demander «vérité et justice» sur la mort de l'idole rossoblù et de rouvrir les investigations. Environ 300 personnes ont défilé dans les rues de la ville pour demander des éclaircissements sur sa disparition. Le 6 août 2010, a eu lieu à Aiello Calabrola la conférence «Vérité pour Bergamini», tandis que le 27 décembre 2010, le «Bergamini Day» a été renouvelée pour la deuxième année, tenue au théâtre Morelli de Cosenza.

Carlo Petrini (il napolista)

Carlo Petrini (il napolista)

Un dossier enfin réouvert

Le 14 juin 2011, la réouverture de l'enquête est à nouveau demandée, pour être qualifiée de meurtre volontaire. 15 jours plus tard, le procureur de Castrovillari rouvre officiellement les investigations en vertu de nouvelles preuves. Ces dernières sont les fruits de nouvelles expertises jusque là inexploitées. 
Le 22 février 2012, la police scientifique de Messine dépose son rapport au parquet. Selon elle, il n'y a pas de doute sur le fait que Bergamini était déjà mort au moment de l'accident avec le camion. 
On a en effet pu constater, à travers différentes simulations, que si la victime s'était jeté sous le camion, comme le rapporte sa compagne, les chaussures, la chaîne et la montre auraient subi de sérieux dégâts et au lieu de cela au moment de la découverte du corps, ils étaient presque intacts. 
Cette évaluation avait déjà été établie et signée par le professeur Francesco Maria Avato qui avait effectué l'autopsie début 1990. Pourquoi donc le dossier n'avait pas été réouvert alors ? Le mystère reste entier. 
Ces indices cette fois-ci vont être déterminants pour établir la nouvelle hypothèse. Une autre vérité semble émergé de celle officielle qui depuis 22 ans et qui ronge la famille Bergamini. Celle d'un Denis assassiné par sa petite amie Isabella avec le concours d'autres personnes encore non identifiées. 
Il aurait été étouffé ave un sac plastique ou un oreiller et son corps allongé sur le bord de la route où on lui aurait intentionnellement roulé dessus. La complicité du chauffeur routier est évoquée. Mais reste encore à le prouver.
4 années d'écoutes téléphoniques, d'examens, de témoignages et de thèses suggestives vont suivre et, en novembre 2015 le procureur général de Castrovillari clôt l'enquête sur la mort du milieu de terrain et demande le procès d'Isabella Internò, accusée de complicité de meurtre. Au centre de l'histoire, selon le parquet, il y aurait la décision de Bergamini de mettre fin à sa relation avec la jeune femme. Une décision que l'Internò n'aurait jamais acceptée et qui aurait été punie par le meurtre de l'homme qui était son compagnon depuis trois ans. (il dubbio)
Le mobile du crime qui sera évoqué dans une autre partie va faire aussi l'objet d'intenses échanges entre la partie civile et la défense.
En juin 2017, le procureur avait ordonné l'exhumation du corps pour procéder à une autopsie. Le 16 novembre le résultat est sans appel : Denis aurait été asphyxié avant d'être jeté sous le camion.

«La protéine magique»

Cette expertise réalisée sur le corps de Bergamini a été menée par un trio formé par l'anatomopathologiste Carmela Buonomo et deux de ses collègues - le Dr Maria Pieri et le professeur Antonello Crisci.
Dans le travail de la police scientifique (RIS) il existe une protéine bien pratique pour démêler le vrai du faux comme dans c'est le cas de "l'affaire Bergamini", la glycophorine.
Cette protéine contenue dans les globules rouges a été sans conteste la clé de l'énigme. 
Son observation, en effet, prétend révéler si une lésion sur un corps a été infligée à une personne déjà morte ou encore en vie.
Il s'agit d'un mécanisme d'une grande simplicité probablement tristement banal aux yeux de tous fans de la série «Les Experts». Il s'agit juste d'appliquer cette protéine sur une plaie et si elle devient rouge, cela signifie que la lésion a été infligée à une personne encore en vie. Dans le cas de l'entaille causée par le camion sur le corps de Denis, il n'y a pas eu de réaction, prouvant sans doute possible qu'il était déjà mort - ou "in limine vitae" selon le jargon scientifique - avant d'être écrasé. 
La glycophorine, quant à elle, a continué son office et a pu déceler une microlésion dans le larynx du joueur.(*)
Ces données recoupent l'observation de tissus pulmonaires retrouvés en 1990, lors de la première autopsie pratiquée par Avato. Ce sont les mêmes échantillons qui ont été analysés par Testi et Bolino à une époque plus récente, lors de la première enquête menée.
Lors de la 1ère autopsie, réalisée on le rappelle 50 jours plus tard, les traces d'emphysème pulmonaire retrouvées n'étaient pour les coroners précédents, que le résultat de la décomposition du cadavre mais pour Carmela Buonomo ce sont bien les signes d'une suffocation. Les spécialistes mandatés par la juge d'instruction Teresa Reggio remettent leur rapport le 15 novembre 2017, mais avec une note en bas du document : «il n'est pas possible d'attribuer la moindre certitude technique à ces conclusions».

Les lieux du drame (Getty Image)

Les lieux du drame (Getty Image)

L'hypothèse de la suffocation privilégiée.

Deux semaines plus tard, le groupe se présente dans la salle d'audience pour présenter son travail en présence de l'avocat d'Internò. Mis sur le grill, les spécialistes doivent justifier de leur découverte mais aussi de cette fameuse note en bas de page.
L'hypothèse de la suffocation et l'utilisation de la glycophorine sont le sujet d'intense discussion car il s'agit là d'une méthode précurseur.
Si Buonomo parle de «forte probabilité», le juge d'instruction renchérit : «Alors je crois comprendre qu'elle a une certitude scientifique ?». Le médecin répond par un «certain» puis un «certainement», se référant avec aplomb et à plusieurs reprises à la littérature sur le sujet. 
«Quelle littérature ? demande l'avocat de la défense, Alfonso Pugliese qui visiblement connait son sujet.
Buonomo explique que cette protéine est une étude pilote issue de deux publications dans une revue médicale spécialisée. "High impact magazine" ajoute le professeur Crisci, mais tant pis : l'examen consistait à utiliser des cadavres exposés à la putréfaction pendant trente jours pour permettre aux chercheurs d'expérimenter ensuite leurs théories sur les anticorps en question. De plus, le sujet avait également été abordé trois ans plus tôt par les précédents coroners o qui, cependant, avaient abandonné la glycophorine, estimant qu'un même modus operandi devait être appliquée aux corps frais, décédés il y a au maximum quelques semaines, et pas à ceux d'il y a plus de trente ans.
Plus généralement, les deux sommités ont souligné comment les études sur la vitalité ou non des lésions avaient commencé au début des années 90, mais depuis elles n'avaient jamais dépassé le seuil du niveau expérimental. En 2017, cependant, Crisci évoque son utilisation "devenue indispensable" par «tous les médecins légistes et pathologistes qui veulent démontrer l'asphyxie ou la vitalité».
Entre les médecins et le juge on assiste à une bagarre sémantique entre «forte probabilité» et «certitude scientifique». Pour ce dernier, ils semblent synonymes, mais la question reste en suspens.
Buonomo tente de réduire la portée de cette phrase mise en noir sur blanc au bas du papier «aucune certitude technique» et dessine le périmètre d'une «petite zone grise» dans laquelle confiner toute perplexité. La justice ne peut permettre à la science de douter et la science ne peut pas émettre le doute sur la capacité de la justice à la remettre en cause. 
Pour Antonello Crisci, Bergamini a été étouffé avec un instrument qui n'a laissé aucune trace sur le corps, mais c'est toujours la littérature médicale qui suggère qu'en cas d'asphyxie mécanique, douce ou violente, d'autres signes doivent être bien visibles, ceux déterminée par la réaction de l'organisme : cyanose des lèvres, des ongles et des pieds, un raidissement anormal des membres supérieurs et inférieurs et de petites ecchymoses (appelées pétéchies) disséminées dans tout le corps, en particulier sur les paupières.

Une autopsie fantôme ?

Ces marques étaient-elles sur le corps de Donato Bergamini ? Non, à en juger par les photos de l'époque, et l'autopsie pratiquée en janvier 1990 n'avait rien révélé de tel. Mais que s'est-il passé ?
Selon le rapport, le médecin a pratiqué une acupression (technique de massage) sur la main de Denis pour établir sommairement l'heure du décès, mais dans son rapport il ne mentionne pas de cyanose, de pétéchies ou de raideurs suspectes. 
Toutefois l'affaire prend une tournure encore plus opaque après l'audition le 17 mai 2017 du médecin légiste de l'époque. Et celui-ci va tout simplement nié avoir procédé à cet examen alors même qu'il a été réalisé devant le procureur Ottavio Abbate et 4 officiers carabiniers selon le rapport.
«Ce n'est pas ma façon de m'exprimer, explique-t-il en relisant le document signé pourtant par lui, les termes utilisés dans l'avis sont ceux de techniciens spécifiques qui participent aux examens d'autopsie, mais pas de ma compétence. De plus, je n'ai procédé à aucun examen de type acupression sur le cadavre, je n'ai fait qu'un examen visuel très rapide». 
Ce que l'on va apprendre aussi c'est que avant l'autopsie le procureur Abbate qui, après avoir enfilé une paire de gants, va découvrir les bras de la victime à la recherche de traces d'injections de drogue par intraveineuse mais il ne trouvera rien de tout cela. Une simple précaution pour certains, un rituel étrange pour d'autres. Cette autopsie n'a pas finir de faire parler.


Continua....

Les amateurs d'hémoglobine pourront être frustré de ma description laconique et peu exhaustive de ce processus mais l'article est déjà bien long qans que je me lance sur plus d'explications*
 

(Sources : Quotidiano del Sud ; QuiConsenza ; Wikipédia, Repubblica ...)

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