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Si ça ne vient pas de l'AFP c'est que ça n'est pas réellement arrivé!


Matteo Messina Denaro, une vie à l'attendre. Partie 1

Publié par Desmoulins sur 19 Janvier 2023, 21:47pm

Catégories : #Mafia, #Italie, #Actualités, #Cosa Nostra, #Criminalité, #Justice, #crime organisé

En février 2019, 2 mois après l'opération Cupola 2.0 qui a décapité la direction fraîchement nommée de Cosa Nostra et son autoproclamé boss Settimo Mineo, dans une énième tentative de rétablir la "pyramide mafieuse" à Palerme. Une façon en quelque sorte de remettre l'Eglise au centre du village.
Avec cette enquête, véritable réussite des services italiens, en toile de fonds, le procureur de Rome se fend d'un communiqué lapidaire sous-entendant à mots à peine voilés que celui que les médias et observateurs considèrent comme le dernier boss voire parrain de Cosa Nostra encore en liberté, j'ai nommé Matteo Messina Denaro n'est en fait pas aussi important que l'on veut bien le dire. «S’il est maintenant prouvé que la Commission Provinciale, du moins d’un point de vue formel, n’a jamais cessé d’exister, il ne fait aucun doute que depuis l’arrestation de Salvatore Riina, le 15 janvier 1993, elle n’a pas encore été réunie. Jusqu’à cette date, et au cours des dix années précédentes». Il faut donc comprendre ainsi "Si Matteo était vraiment le boss suprême pourquoi cette commission ne s'est jamais réunie semble demander le magistrat?". Et pourquoi ne faisait-il pas partie de cette nouvelle mouture diligentée par un ex affidé du boss corleonais, bien qu'il ait fait tuer plusieurs membres de sa famille durant «la grande guerre».
Cette annonce jette un certain trouble sur l'aura de Denaro. Ce fantôme après qui tous les services de l’État courent après depuis presque 30 ans. Quel a été son pouvoir réel ? Que dire de son impact dans cet organisme génétiquement mafieux qu'à été Cosa Nostra ces 3 dernières décennies ? 
Son arrestation il y a 4 jours dans une clinique de Palerme où on le traitait pour un cancer est certainement un des dénouements criminels et judiciaires les plus inattendus de ces dernières années. Cela mérite bien un récit.

Carabinieri

Carabinieri

En ce jour du 26 avril 1962, dans la maisonnée des Denaro à Castelvetrano, c'est la fête. Francesco le patriarche est tout à sa joie d'accueillir son fils Matteo, le deuxième de la fratrie, alors qu'il avait déjà été comblé par les naissances de son aîné Salvatore et de ses filles Rosalia et Giovanna. Plus que tout autre enfant, les fées de Cosa Nostra vont se pencher sur le berceau de Matteo et sa personnalité va vite surpasser tous les autres membres de la famille (2 sœurs naîtront encore après lui Bice Maria et Patrizia). Pour parfaire la photo de famille, on lui colle comme parrain Antonino Marotta, un «homme d'honneur» comme on disait et un ancien membre de la bande armée de Salvatore Giuliano, un bandit de grand chemin sicilien mythologique et tueur de carabiniers. Tantôt séparatiste puis devenu fasciste jusqu'à sa mort en 1950, tué par un carabinier à Castelvetrano où il se cachait. Une autre version rapporte qu'il la été trahi par son propre cousin Gaspare Pisciotta à qui on aurait promis l'amnistie s'il tuait «l'aigle de Palerme». 
On raconte également que Marotta n'y serait pas totalement étranger à la fin du chef de guerre le l'Armée volontaire pour l'indépendance de la Sicile. Marotta va suivre et le père et le fils Denaro durant de très nombreuses années.

Papa Francesco (crédits ilvolatore.it)

Papa Francesco (crédits ilvolatore.it)

Francesco le papa est déjà un nom dans son fief. S'il n'est pas encore «Don Ciccio» son avènement ne tardera pas. Et au moment du choix entre David face à Goliath, en sage, il choisira David aka «Corleone», le village d'où partiront les premiers coups contre Palerme la «capitale vaniteuse» dans un tour de force presque unique au monde qui va changer la face de la mafia sicilienne à jamais. Mais pour l'heure Francesco et ses sbires n'en sont pas encore à faire face à cette décision lourde de sens. Ils ne sont que des campiere (garde armé) gabellotti (collecteur de dettes) ou des picciotti (soldats) à la solde des grands propriétaires terriens alternant leurs activités criminelles avec gardiennage de troupeaux et la culture de la terre. Mafioso à l'époque ça ressemblait à un sacerdoce.
Castelvetrano se trouve dans la région de Trapani dans l'ouest de la Sicile. Il s'agit d'une ville de 31 000 habitants dont les armoiries où on retrouve notamment un palmier doré sont inspirées par la famille Tagliava de la maison royale sicilienne. C'est une ville de commerçants et d'agriculteurs, une plaque tournante commerciale de la vallée de Belice et le port de Mazara del Vallo véritable porte d'entrée de toute la contrebande possible. Somme toute le lieu idoine pour y faire nidifier la pieuvre mafieuse.

Mais  à l'époque Palerme semble si loin et Corleone tout autant. Là-bas 4 ans plus tôt le «patriarche» de ce village, Michele Navarra était assassiné par un contingent d’hommes qu'il avait pourtant dirigé en son temps mais ce qu'on appelle déjà dans la presse "la vieille mafia" voit justement ce temps être révolu. 
Un homme incarne ce changement c'est Luciano Leggio (souvent orthographié Liggio). Depuis plusieurs années 2 bandes aux visions diamétralement opposé sur le devenir de Cosa Nostra s'affrontent, pour le moment seulement sur plan idéologique. Après des décennies à servir de tueurs pour les grands propriétaires terriens locaux en assassinant les syndicalistes, leaders agricoles et élus de gauche luttant contre la privation des terres et en faveur des réformes agraires, certains mafieux ont fait bombance et se sont installés dans ce système qu'on peut qualifier de «mafia féodale». 

A l'instar de Calogero Vizzini ou de Vito Cascio Ferro, Michele Navarra incarne on ne peut mieux cette mafia rurale. Ce notable exerçant la profession de médecin n'entend rien aux nouvelles activités en vogue de l'autre côté de l'Atlantique, le trafic de cigarettes ou de drogues et encore moins à leur hiérarchisation et organisation. Pour lui le racket et l'extorsion des marchés de fruits et légumes et «les taxes foncières» suffisent. Lui qui a «hérité» de Corleone après l'assassinat de son prédécesseur Carmelo Nicolosi en avril 1946 et qui se trouvait être...le directeur de l'hôpital de Corleone. Déjà un notable. Mais chez d'autres coreligionnaires, l'enrichissement rapide des cousins d'Amérique donne un écho résonnant à leur propre ambition et Michele va vite déchanter. 
Un événement hors du commun va contribuer à bouleverser la féodalité sicilienne.
Du 12 au 16 octobre 1957 au "Grand Hotel et des Palmes" (en français dans le texte) de Palerme se déroule une réunion mafieuse entre «dirigeants» siciliens et américains de Cosa Nostra. D'un côté tout ce que la région palermitaine compte de cosca et de l'autre les «ricains» Jo Bonanno, Carmine Galante (futur animateur de la Pizza Connection) et Vito Bonventre. Ajoutez-y les «déportés» Lucky Luciano et Frank «Three Fingers» Coppola en vadrouille dans la mère patrie.

(Google Map ; Wikimafia)(Google Map ; Wikimafia)

(Google Map ; Wikimafia)

Ce sommet a pour but tout à fait assumé de transformer la «vecchia mafia» en une organisation moderne avec un système hiérarchique pyramidale.
La nouvelle structure acquise par Cosa Nostra va reprendre celle américaine : elle part du noyau de base, la "famille" (pas d'un point de vue génétique, mais géographique et tirant son nom du quartier ou de la ville). La famille est composée de soldats, coordonnés par le chef decina. Au-dessus du chef décina se trouve le représentant, ou le capo-familia (ou capobastone), qui peut être assisté d'un ou plusieurs conseillers. Ainsi naît la 1ère Commission provinciale regroupant tous les quartiers de la province de Palerme. Et elle sera présidé par Salvatore «Chicchiteddu» Greco, cousin de Michele futur affidé de Riina. Les décisions prises auront ensuite un écho jusqu'au USA et le fameux sommet d'Appalachin, qui pour le coup lui a été un fiasco retentissant pour la mafia avec l'action de la police.

Cette Commission sicilienne, également connue sous le nom de «dôme» ou de «coupole», est l'organe qui comprend les représentants (chefs) des districts de la province de Palerme. 
Fait étrange si Leggio est bien présent au sommet pour représenter Corleone pour le compte de son, encore, boss Michelle Navarra. Ni ce dernier ni son homme-lige ne figure au sein de la Commission qui pourtant comporte tout ce que Palerme compte comme districts mafieux de Ciaculli, Resuttana, Cinisi, Bagheria à San Giuseppe Jato jusqu'à Acquasanta. 
Navarra semble hostile à ces changements et cette «urbanisation galopante». 

Le fait est que si ce sommet à pu donner un symbole d'unité en surface, il n'en est rien et les luttes et querelles vont se succéder. Chaque famille voulant prendre le pas sur l'autre dans le nouvel organigramme. 
A Corleone aussi le feu qui couvait s'est cristallisé  notamment autour du projet du «barrage de Garcia» Un projet titanesque de création de lac artificiel au sud de Roccamena dans la commune de Contessa Entellina.
Navarra s'oppose farouchement à ce projet, lui, dont le pouvoir est lié aux grands domaines agricoles, alors que Leggio, voit quand à lui les énormes perspectives de revenus en terme d'affairismes variés et ne veut pas manquer le train de la fortune en marche. 
2 visions qui s'affrontent et qui rappelle ce qui se passera 20 ans plus tard en Calabre.

Leggio au centre avec le cigare (antimafia.net)

Leggio au centre avec le cigare (antimafia.net)

Le 24 juin 1958, c'est Navarra qui attaque le premier. Leggio en réchappe et pour Michele il n'y aura pas de 2ème fois. Il est abattu le 2 août 1958 de façon totalement spectaculaire. Les carabiniers vont relever 124 balles dont 92 rien que dans le corps du capo mandamento.  Les 2 prochaines années servent à balayer les restes du clan Navarra pour faire place nette. 
Leggio, a 2 atouts en poche, 2 porte-flingues qu'il a rencontré en prison vers 1948, et qui se distinguent déjà par leurs prouesses, Salvatore «Toto» Riinà et Bernardo Provenzano. 
Le changement radical d'organisation explique-t-il à lui seul l'explosion de violence de la décennie suivante ?  En tout cas les assassinats du magistrat Antonino Giannola, du commissaire en chef Cataldo Tandoy et du journaliste Cosimo Cristina entre le 28 janvier et le 5 mai 1960 marque une forme de tournant. (sans compter celui du syndicaliste Paolo Bongiorno en septembre 1960). Si l'assassinat politique et visant les leaders syndicaux et les carabiniers étaient hélas déjà légion dans la région, l'assassinat d'un magistrat dénote d'un tout autre état d'esprit.

En 1963 l'attentat de Ciaculli à Palerme, tue 7 carabiniers. Il ne s'agissait pas d'une attaque contre l'Etat cette fois mais d'une tentative ratée du boss palermitain  Michele Catavaio et de Tommaso Buscetta  de tuer Salvatore Greco coupable à leurs yeux d'avoir fait tuer Salvatore Barbera boss d'Acquasanta au cours de ses nombreuses faides mafieuses. Suivra la tuerie de la Viale Lazio à Palerme le 10 décembre 1969 pour punir Cavataio avec 4 morts à la clé et sans doute al seule fois où Riina (membre du commando de tueurs) et son futur rival acharné Stefano Bontate, se trouvaient dans le même camp.

Leggio est un homme qui aime les médias, et comme il fait l'objet des premiers procès d'envergure contre Cosa Nostra, en 64 en 68 puis en 69, il devient une figure idoine du «phénomène mafieux» pour les journalistes. Cette attention média finit par lasser même ses propres hommes qui n'hésitent plus à le railler dans son dos. Ces acquittements, eux, courroucent tout autant les juges. En juillet 69 arrive, le procureur Cesare Terranova qui fait appel du dernier acquittement et arrive à le faire condamner à perpétuité pour l'assassinat de Michele Navarra. Il est capturé à Milan le 16 mai 74 ou il mène grand train. Entre-temps il a été nommé à la place de Salvatore Greco exilé au Venezuela, à la tête de la Commission. Mais avec cette arrestation, il ne sortira plus jamais de prison. Qui plus est, il sait que Riina a déjà pris sa place depuis longtemps. Il le remplaçait, alors qu'il était en cavale, déjà lors des réunions de la Commission et le triumvirat composé de Stefano Bontate et Gaetano Badalamenti. Officieusement «U Curtu» prend la place de Leggio en 1975.

(La Voce dell'Isola)

(La Voce dell'Isola)

L'année précédente, Francesco Di Carlo, Gaetano Cinà, Mimmo Teresi et Stefano Bontate, les dirigeants de la Cosa Nostra de l'époque, se rencontrent à Milan avec Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi. L'entrepreneur milanais, effrayé par les enlèvements continus d'industriels, demande la protection de la Cosa Nostra. Bontate saisit l'opportunité d'une alliance si précieuse dans le monde des affaires et se définit comme «à la disposition» de Berlusconi, promettant de faire face à la menace d'enlèvements. La solution sera d'y envoyer Vittorio Mangano l'homme d'honneur de Porta Nuova à Arcore, où se trouve la villa San Martino de Silvio. Marcello Dell'Utri sera l'intermédiaire de cette collaboration au nom de Berlusconi, qui versera une contribution périodique (environ deux cents millions de lires par an) à Stefano Bontate via Dell'Utri et Gaetano Cinà lui-même pour honorer le pacte qui vient d'être signé.

Ces informations sont contenues dans l'arrêt de cassation du procès pour association mafieuse contre Marcello Dell'Utri. Ils constituent donc une réalité judiciaire, et donc plus encore une réalité historique, de la République italienne. (source : cronocosanostra) Cosa Nostra vient d'arriver sur un nouveau plan de l'existence. La Cour suprême considère qu'il est prouvé que Bontate a utilisé Dell'Utri comme intermédiaire pour les investissements sur la place milanaise. Paolo Borsellino, dans une célèbre interview des années 1990, dira que Mangano (le «garçon d'écurie», selon Berlusconi) était «une des têtes de pont de la mafia dans le nord de l'Italie». Si les liens privilégiés avec Salvo Lima, très documentés, et ceux avec Giulio Andreotti rapportés par des dizaines de coopérateurs de justice, sont déjà existants, ce pacte signe comme un point de non-retour en terme de compromission. Et même une forme de validation aux yeux d'une élite politico-financière qui va faire la pluie et le beau temps pas seulement en Sicile mais dans toute en Italie, pour les 30 prochaines années.
On ne parle pas ici de symbiose mais bien d'association, de connivences et d'alliances. La culture mafieuse avait déjà une implantation idéologique très ancrée, elle est maintenant assise sur un trône en or.

Côté face, côté pile

C'est à cette époque charnière que l'on va retrouver Francesco Messina Denaro. Il en a fini de manger son pani nìvuru (pain noir), une spécialité de Castelvetrano et il est gagné par la fièvre de Corleone. Francesco a des poussées d'ambition pour lui et son fils Matteo. 
Le fils aîné, Salvatore, s'il est assujetti à sa famille, n'est pour l'heure qu'un simple employé de banque dans le village natal. Giovanna, elle, a épousé Rosario Allegra, conseiller municipal et futur président régional du Cna et conseiller pour l'agriculture et l'artisanat de Castelvetrano. 

Côté face, Matteo et son paternel, eux, exercent l'activité d'affacturage sur les domaines agricoles de la famille d'Ali Staiti, illustre famille de Trapani, propriétaire de la Banca Sicula locale (et futur employeur du fils aîné Salvatore) à l'époque la plus importante institution bancaire privée de Sicile. (Antimafiaduemila.com)  
Mais côté pile «Don Ciccio» a pris déjà contact avec Luciano Leggio pour lui assurer de sa fidélité à la cause corleonaise. Et bien lui en a pris car après la chute de «Lucianeddu», Riina va hériter de tous ses contacts et le nom de Messina Denaro ne lui sera plus ignoré. Il a besoin de nouvelles têtes pour renverser l'ordre établi et si Nitto Santapaola incarnera le feu et le sang à Catane, dans la région de Trapani la transition se fera un peu plus dans le feutré.
Cet adoubement de Toto Riina est décisif dans l'ascension de la Famille au sein du giron Corleonais et particulièrement déterminant pour Matteo qui sort à peine de l'adolescence.

Dell'Ultri et Berlusconi (Corriere della Sera)

Dell'Ultri et Berlusconi (Corriere della Sera)

On ne peut pas le nier car cela a été démontré dans plusieurs livres et documentaires mais la fascination pour Riina de toute une génération de mafieux est bien réelle. Certains ex affidés avancent même l'idée d'un vrai lavage de cerveau de la part du boss trapu jusqu'à en faire une justification objective de leurs propres crimes. Sans rentrer dans ce débat abscons, il est évident que Riina a su parler à ces hommes et les convaincre de trahir leurs propres amis et parfois leurs propres familles. Toto va petit à petit rogner le pouvoir de la Commission et si les rivaux ne voient rien venir c'est qu'ils pensaient avoir un coup d'avance. Plusieurs fois on a tenté de provoquer une réunion mafieuse où cours de laquelle Riina devait être éliminé mais il ne s'y est jamais rendu. Mis au courant grâce à une taupe insoupçonné en la personne de Michele Greco, cousin de Salvatore entre-temps décédé à Caracas et qui a pris sa place à la tête de la Famille. Il l'informe de tout ce qui concerne la stratégie anti-Corleone des palermitains.
Les années 78 à 80 sont une longue litanie d'assassinats de boss hostiles aux corléonais, Giuseppe De Cristina en 78, Carmelo Salemi, le boss d'Agrigente en 1980 ainsi que la «disparition» de Giuseppe «Don Piddu» Panno boss de Casteldaccia. 
Comme en 1960, des politiciens, policiers et magistrats sont les victimes corollaires de la guerre des corléonais. Gaetano Costa procureur général de Palerme le 6 août 1980 ; Emanuele Basile capitaine des carabiniers qui dirige l'enquête sur la mort du commissaire Boris Giuliano le 4 mai 1980 et le Président de la Région Sicile, Piersanti Mattarella (frère de l'actuel président de la république italien) le 6 janvier 1981. Sans compter l'élimination du général Dalla Chiesa le 3 septembre 1982, tout nouveau préfet de Sicile nommé 4 mois plus tôt. Somme toute, la conséquence directe c'est une durcissement des lois anti-mafia et la création du délit d'association mafieuse (le fameux 416bis).

Un élu assassiné 

Un autre assassinat de cette époque nous intéresse plus particulièrement, celui de Vito Lipari le 13 août 1980. Il s'agit en effet du maire de Castelvetrano, le fief des Messina Denaro. 
Âgé de 42 ans et membre de Démocratie Chrétienne qui venait d'être réélu, est abattu à Triscina par plusieurs hommes armés. 
Environ trois heures après le crime, deux voitures suspectes sont arrêtées par une patrouille entre Mazara del Vallo et Campobello di Mazara ; à bord de la première voiture, une Renault 30, se trouvaient Mariano Agate et Antonino Riserbato, représentants de la mafia de Mazara del Vallo, tandis que la seconde qui suivait de près il y avait Nitto Santapaola, chef de la famille de Catane, avec Francesco Mangion et Rosario Romeo, qui ont tous été arrêtés. Deux fusils et des munitions ont été trouvés dans le coffre de la voiture.
Interrogé, Santapaola a déclaré qu'il était allé rendre visite à Agate avec des amis pour acheter un lot de pastèques et de tomates dans la région de Trapani ; Santapaola lui-même déclare avoir participé, la veille, à un voyage de chasse au domicile d'un ami de Catane, justifiant la présence des fusils trouvés dans la voiture. Le capitaine Vincenzo Melito, commandant du noyau d'enquête des carabiniers de Trapani, s'est ensuite rendu à Catane pour vérifier les alibis et à son retour, les quatre ont été libérés de prison.
En 84, on relance l'affaire, on incrimine le capitaine Melito qui a admis avoir couvert Nitto et on découvre que Mariano Agate est un allié de Francesco Messina Denaro qui aurait eu un intérêt économique à tuer Lipari qui serait opposé à la spéculation immobilière. 

Une première condamnation 

L'année suivante Nitto et Agate sont condamnés à perpétuité. Francesco n'est même pas mentionné. Lors du procès en appel en mai 1992, les révélations du coopérateur de justice Vincenzo Calcara qui affirmait que le contrat avait été décidé lors d'un dîner entre les différents accusés et Antonino Vaccarino l'homme qui a succédé à Lipari à la mairie, sont jugés peu crédibles car peu de temps après il s'est rétracté. Tous les accusés sont donc acquittés. Lors du procès, Calcara mentionne aussi que Vaccarino est le consigliere de Francesco Messina Denaro avec qui il a lancé une coopérative agricole. Ces accusations font l'objet d'un autre procès «Alagna Antonino +30» qui voit Denaro écoper de 15 ans pour association mafieuse. Il s'agit là de sa 1ère condamnation judiciaire mais le bougre est alors déjà en cavale.
Il avait bien eu un précédent en 1957, pour son implication supposée dans un enlèvement-assassinat du notaire Francesco Craparotta et d'un certain Vito Bonanno mais en 1964, il est innocenté de toutes les charges. Depuis son casier était immaculé. 

(Trapani Oggi)

(Trapani Oggi)

On sait peu de choses des années 80 de Matteo. Et justement ça favorise les récits fictionnels. On est même parfois dans l'optimisation du fictif. En 2007 alors que dans les journaux on évoque sa cavale au long cours après l'arrestation de Salvatore Lo Piccolo le supposé successeur de Provenzano (arrêté en 2006) on parle de lui comme le prochain boss, un «figlio d'arte» (enfant de la balle) qui a tiré son 1er coup de feu à 14 ans et tué son 1er homme à 18 (en 1980 donc ndm). Au travers d'une écoute on l'entend confier à un ami : «Avec tous les gens que j'ai tués, je pourrais en faire un cimetière». Son goût pour le luxe et la mode font déjà les choux gras tout comme son surnom de Diabolik nom d'une célèbre bd italienne dont il appréciait surtout la cylindrée. La diffusion de sa photo alors même pas trentenaire avec la chemise ouverte et les lunettes de soleil ont vite personnifié un personnage fantasque. La diffusion de son portrait robot sera du même acabit lunette de soleil, veste bleu et chemise blanche dégrafé. Ça aurait pu être décliné comme le portrait du Che et il serait entré de plein pied dans la culture pop. Trier le bon grain de l'ivraie est chose fastidieuse quand on parle de la jeunesse de Denaro.
Et pourtant ses attraits pour les goûts fastueux, pour un train de vie "m'as-tu-vu" semble être en contradiction totale avec la discrétion dont il a fait preuve pour tenir 30 ans éloigné du banc des accusés même si il a aussi bénéficié d'une solidarité à toute épreuve de tout un pan de population évoluant dans toutes les strates siciliennes. On y reviendra.
Au moment où son père accède aux plus hautes fonctions, il a à peine plus de 20 ans et on l'imagine suivre son père comme son ombre. Participer déjà à certaines tractations et réunions mafieuses. Il est certain que son père l'a formé pour devenir ce qu'il est aujourd'hui. Sur les photos ci-dessous, dont certaines ont été saisies chez sa soeur Patrizia en 2016, on voit un jeune homme toujours affublé de lunettes de soleil, bien apprêté, mais il s'agissait de fêtes de famille, rien de plus normal. Les photos ne trahissent pas l'ombre qui plane déjà sur lui aussi bien qu'en lui. Sans parler de phénomène de précocité pour la chose mafieuse, le destin de Matteo était tout tracé. Ces années 80 vont finir de forger ce caractère fort et impitoyable qui va prendre toute sa mesure dans les années 90.

Photo Sipa/ Franco LANNINO  //  Matteo adolescent notamment au mariage d'une de ses soeurs (Repubblica)Photo Sipa/ Franco LANNINO  //  Matteo adolescent notamment au mariage d'une de ses soeurs (Repubblica)

Photo Sipa/ Franco LANNINO // Matteo adolescent notamment au mariage d'une de ses soeurs (Repubblica)

Ce qu'on a appelé la «Seconde guerre de Cosa Nostra» n'en était en fait pas une, il s'agissait juste d'un massacre. Les hommes d'un seul côté tombaient comme des mouches et les corléonais ne subiront officiellement que 2 pertes.
Après les meurtres des 2 chefs principaux, Stefano Bontate le 26 avril 1981 et Salvatore Inzerillo le 11 mai 1981, les fauves sont lâchés dans l'arène et les proches des 2 boss assassinés ainsi que des familles Badalamenti, Contorno et Buscetta principalement sont voués aux gémonies de leurs rivaux.
On assiste à des scènes d'horreur, où les amis et membres d'une même famille mafieuse se trahissent et envoient leurs amis/frères/oncles entre les mains de leurs tortionnaires. On étrangle et on dissous les corps dans l'acide. Le modus operandi se ritualise. 

Le 26 mai 1981, Giuseppe Di Franco, le chauffeur de Bontate, les frères Angelo et Salvatore Federico ainsi que Girolamo Teresi, bras-droit de Bontate sont attirés dans un piège sous le prétexte d'une fausse réunion au sein de l'entreprise Calcestruzzi SPA (où siégeaient les boss Salvatore Buscemi et Francesco Bonura, alliés de Toto Riina).
Santo Inzerillo, le frère de Salvatore et leur oncle Calogero Di Maggio s'étaient rendus eux au dépôt de carburant de Salvatore Montalto, l'homme de confiance d'Inzerillo, pour obtenir des informations sur le meurtre du frère de Salvatore. Montalto, cependant, était secrètement d'accord avec Riina pour leur élimination. Lors de la rencontre, ils sont attaqués et amenés auprès des 4 autres prisonniers.
Alors qu'ils étaient sur le point d'être pendus à un noeud coulant, voyant Mimmo Teresi pleurer de colère et de peur, Santo Inzerillo le regarda et dit :«Arrêtez de pleurer et dites à ces cocus de se dépêcher» (source cose di Cosa Nostra de Giovanni Falcone 1991).

Salvatore Contorno et Emanuele D'Agostino avaient également été convoqués à la rencontre mais sentant le danger ils ne se présentent pas. Les dix auteurs du massacre, tous appartenant au groupe de tueurs corléonais, seront condamnés au maxi procès de Palerme.
Les corps ont ensuite été déplacés vers la propriété de Salvatore Liga «Tatuneddu», l'homme de confiance de Rosario Riccobono, où ils ont été brûlés. Avec ces meurtres, la famille de Partanna-Mondello di Riccobono et la famille des Noce di Scaglione se sont rangés aux côtés des Corleonesi.
Bien d'autres assassinats se déroulent. 
Puis on passe aux traîtres qui ont pourtant la veille donner les leurs pour sauver leurs peaux. Riina ne leur fait pas confiance et au fond il les exècre d'avoir ainsi manqué d'honneur.

Riccobono à droite en 1970 (L'Unita) ; Totuccio Contorno lors d'une itw en 1988. (Rai)Riccobono à droite en 1970 (L'Unita) ; Totuccio Contorno lors d'une itw en 1988. (Rai)

Riccobono à droite en 1970 (L'Unita) ; Totuccio Contorno lors d'une itw en 1988. (Rai)

Un des tueurs de Stefano Bontate, qui était en réalité un de ses hommes Pietro Sorbi est «suicidé» dans sa cellule d'Ucciardone, la prison palermitaine.
Le 30 novembre 1982 se déroule le «massacre de Favarella» lors d'un barbecue chez Michele Greco à San Giuseppe Jato. 
A ce barbecue, Rosario «Saro» Riccobono, son bras-droit Salvatore Micalizzi, Carlo Savoca, Francesco Gambino et Vincenzo Cannella sont arrivés en premier à la fête censée être un joli moment entre hommes d'honneurs à jouer à la scopa ou la Briscola. Ca sera plutôt en mode «barbecue pourpre». Les invités sont conduits dans différentes pièces de la villa où ils sont promptement étranglés. Car oui il va y avoir un 2ème service.

On étrangle, on dissout

Quelques heures après, c'est Salvatore Scaglione qui arrive avec son bras-droit Raffaele Ganci qui va lui-même étrangler son boss. La mort de Riccobono et de ses hommes est une décision de Totò Riina qui avait besoin de les écarter pour récompenser ses autres alliés de Palerme, en particulier Giuseppe Giacomo Gambino, avec la division du territoire qui appartenait déjà au clan Riccobono. De plus, Riccobono s'était rangé du côté des Corleonais après avoir trahi Stefano Bontate et pour cette raison, il n'était pas considéré comme fiable. Scaglione s'était lui rangé tardivement du côté de Riina pour éviter d'être tué car affidé de Bontate et Inzerillo. Ca aussi Riina l'a sanctionné.
Les corps sont dissous dans 2 barils d'acide et les voitures avec lesquelles ils étaient arrivés sont ensuite récupérées et abandonnées à l'aéroport de Punta Raisi pour détourner l'enquête et faire croire que les quatre avaient quitté l'île. Dès que les crimes ont été commis, Giovanni Brusca a téléphoné à Antonino Madonia à Palerme pour s'assurer que les groupes de tueurs restés dans la capitale pourraient commencer l'opération de «nettoyage des pieds» (sic) dans la ville, pour éliminer tous les alliés de Riccobono et Scaglione, ignorant encore le massacre et avant qu'ils ne découvrent ce qui s'était passé et puissent s'organiser en conséquence. Au cours de la même journée, les factions des familles Partanna-Mondello et de Noce considérées comme "peu fiables" par les Corleonesi sont décimées.  Des dizaines d'exécutions sommaires se déroulent en quelques jours.

Et Francesco Messina Denaro ? Lui aussi récompensé de sa fidélité avec l'élimination du boss de Trapani, Antonio Salvatore Minore le 23 novembre 1982. Il a été attiré dans un piège par Rosario Riccobono (particulièrement pro-actif dans ses traîtrises multiples) qui passera de vie à trépas 1 semaine plus tard et il est assassiné en compagnie de 4 de ses alliés. Leur fin tragique ne sera révélée qu'en 1996 par Calogero Ganci, qui a participé à leurs assassinats. Avec ces meurtres, l'ancienne mafia de la province de Trapani est définitivement écrasée, ouvrant la voie aux alliés des Corleonesi : Mariano Agate de Mazara del Vallo ;Vincenzo Virga de Trapani et....Francesco Messina Denaro de Castelvetrano. 
À la fin des années 1980, il est élu chef provincial de la mafia de Trapani lors d'un meeting tenu dans la cave des cousins Ignazio et Antonino Salvo (qui décède en janvier 1986). Auparavant, le boss était Nicola Buccellato de Castellammare del Golfo, mais il avait été emprisonné en 1983. 
Les Salvo, de riches hommes d'affaires et référents de Cosa Nostra jouent les entremetteurs politiques avec l'élite du parti Démocratie Chrétienne de Giulio Andreotti. Et en particulier avec Salvo Lima maire de Palerme de 1958 et 1963 et responsable du fameux «Sac de Palerme». Son successeur Vito Ciancimino, un autre "ami" de Berlusconi, voit ses relations mafieuses exposées dans un rapport envoyé à la Commission parlementaire anti-mafia en 1970, et qui conduit à la démission du maire mafieux le 8 décembre après 85 jours de mandat. Qui dit mieux ?

On prête à Francesco une filiation et lointain cousinage avec les Salvo originaires de Salemi à 20 km au nord de Castelvetrano. Andreotti quand à lui finira sur le banc des accusés après la levée de son immunité parlementaire en mai 1993 et les témoignages de plusieurs pentiti (repentis) sur ses liens avec Cosa Nostra. Son parti, frappé par plusieurs scandales de corruption, explose en vol. Il est acquitté des charges en 2004 par la cour de Cassation qui pourtant se permettra de noter que le politicien "avait rencontré par 2 fois Stefano Bontate" et qu'il ne pouvait en ignorer le statut.

(carabinieri)

(carabinieri)

La décennie 90's s'ouvre et père comme fils semble voguer vers la «voie du succès». Ils sont dans les petits papiers de Riina au propre comme au figuré mais ces pizzini (petits messages mafieux) seront bientôt le seul moyen de communiquer des 2 hommes.
Le 23 janvier 1990, le procureur général de Marsala, un certain Paolo Borsellino, sur la base des enquêtes menées par le commissaire Calogero Germanà, demande une surveillance spéciale, l'interdiction de séjour et la saisie de tous les biens de " Don Ciccio " qui «est le principal représentant de la mafia de la vallée de Belice» mais le tribunal de Trapani a rejeté la demande. En octobre de la même année, le futur magistrat palermitain Borsellino lance un nouveau mandat d'arrêt contre lui pour association mafieuse, et Messina Denaro prend cette fois-ci la tangente pour échapper au pugnace procureur.
En mars 1994, Messina Denaro, avec son fils Matteo, figurait parmi les 74 mandats d'arrêt de l'opération Petrov, résultant des déclarations du collaborateur de justice Pietro Scavuzzo sur les activités mafieuses dans la région de Trapani. 

En 1996, toujours avec son fils Matteo, il est frappé par une autre ordonnance de garde à vue dans le cadre de l'opération Omega, menée par les carabiniers avec 80 mandats d'arrêt et résultant des accusations des collaborateurs de justice dont Vincenzo Sinacori (qui l'est devenu suite à son arrestation dans l'opération Petrov), qui ont reconstitué plus de vingt ans de crimes commis dans la région de Trapani. Il est soupçonné d'avoir commandité 6 assassinats au milieu des 70 meurtres ou tentatives évoqués et qui se sont compilés entre les différentes querelles mafieuses.
Sinacori, quand à lui, est un personnage d'importance dans le patchwork qu'est Cosa Nostra. Il est un peu un homme à tout faire et il est très au courant de la politique de terre brûlée que va mené Riina contre l’État italien. 

Il a été présent à plusieurs réunions de la plus haute importance avec Riina et qui poseront les jalons de la politique de terreur de Cosa Nostra.  Il est qualifié d'autant plus crédible qu'il a lui-même participé à plusieurs opérations d'assassinat.
Alors quand il implique «Don Ciccio» dans un meurtre, on l'écoute avec attention. Ce meurtre c'est celui de Mauro Rostagno. Il n'était ni un entrepreneur, ni un mafieux mais un ancien leader étudiant de gauche, leader du groupe marxiste Lotta Continua et surtout journaliste à Radio Tele Cine, une télévision privée de Trapani. 

Paolo Borsellino (antimafia.net)

Paolo Borsellino (antimafia.net)

Un de ses anciens collaborateurs Rocco Messina (aucun lien) disait ceci en 2009 au journal l'Unita : 
«Je me souviens du soin particulier que Mauro a consacré à la relation entre la mafia et la politique en citant les noms des politiciens impliqués... La teneur des reportages si frappants dans un contexte social et journalistique dans lequel les événements mafieux ont été relégué à la marge de l'actualité, c'était un fait révolutionnaire».
Mauro est un fervent militant anti-mafia qui anime aussi une communauté d'anciens toxicomanes «Saman». Il a suivi le procès du meurtre de Vito Lipari. Un jour un cameraman qui travaillait avec lui est pris à partie «Dites à celui avec la barbe qu'il ne dise pas de conneries», Tel est le message explicite que Mariano Agate a envoyé à Rostagno alors que Mariano était sur le banc des accusés.
Le 26 septembre 1988 Mauro est abattu de 3 balles dans sa voiture.
Le procès de son assassinat mettra en évidence une négligence grave dans l'enquête immédiatement après l'embuscade, qui se concentre sur tout sauf la piste évidente de la mafia. En particulier, les enquêteurs tentent avec d'énormes efforts de connecter l'incident avec ses liens avec Renato Curcio, membre des Brigades Rouges et avec qui Rostagno avait correspondu pendant que le «brigadier» était en prison. (cronocosanostra) Les services secrets militaires, la SISMI ont aussi été évoqué mais dans quelle affaire politico-mafio-financière ne l'ont -il pas été ? Les italiens sont-ils de si grand cyniques à imaginer l'implication d'organes secrets de l'état dans tout ce qui touche à la politique et la mafia ?

Quoiqu'il en soit Sinacori et un autre repenti Angelo Siino déclarent que Francesco Messian Denaro avait commandité l'attaque et confié la tâche à Vincenzo Virga. Ce dernier est condamné à perpétuité tout comme le tireur Vito Mazzara un champion de tir au pigeon qui ne «ratait jamais la cible» en mai 2014. 
Ce procès qui a démarré en février 2011 ne verra pas la condamnation du boss Francesco. Pour la bonne raison qu'il est décédé très officiellement le 30 novembre 1998. Il ne sera jamais condamné pour ce meurtre. 

Mauro Rostagno

Mauro Rostagno

On dit qu'il s'agit là d'une vieille tradition sicilienne, que l'homme qui meurt en cavale doit être «retrouvé» afin que sa famille sache et fasse son deuil et c'est exactement comme cela que ça s'est déroulé. 
Ce 30 novembre, vers 23h, Le corps sans vie «Don Ciccio» est retrouvé dans la campagne entre Mazara del Vallo et Castelvetrano. Il avait 78 ans. Il portait un costume sombre et des mocassins presque neufs, les mains jointes. En découvrant le corps, sa femme Lorenza Santangelo s'est exclamée : «Sulu mortu lu putistivu pigghiari» (Seuls les morts pourraient le prendre)
. Il serait mort pour causes naturelles et c'est un coup de fil anonyme qui a signalé la présence du corps aux policiers. A la fin de sa vie son nom se confondait avec celui de son fils, là où Matteo était on a cru que c'était Francesco. Il est également soupçonné d'avoir participé activement aux attentats de Milan, Florence et Rome mais sans doute relie-t-on les actes du fils au père car rien n'atteste de tels faits.

Matteo avait déjà remplacé son père à la tête du district de Castelvetrano. A vrai dire il l'avait même remplacé dans tout ce qui pouvait toucher les affaires de la famille depuis belle lurette. Selon plusieurs articles qui hélas ne citent pas leur source, Matteo est inculpé pour la 1ère fois en 89 pour association mafieuse. Ou plutôt il a été «dénoncé». Rien n'indique une quelconque arrestation cependant. Il est difficile de retracer convenablement le parcours de Matteo mais grâce aux déclarations des coopérateurs de justice on peut se faire une petite idée. 

Matteo à la table des grands

Et s'il y a quelqu'un qui connaît bien Matteo c'est encore une fois Vincenzo Sinacori originaire lui aussi de la région de Trapani. On peut même dire que les 2 font la paire. Sans en faire des compagnons de jeux, on les retrouve souvent au même endroit au même moment. 
Et Sinacori se rappelle très bien que le 13 décembre 1991, Matteo «U Siccu» (Le Sec) est bien présent à la fameuse réunion de la commission provinciale de Cosa Nostra pour décider de la stratégie macabre pour les années à venir. Sont présents, Salvatore Riina, Denaro, Sinacori, Mariano Agate, Salvatore Biondino et les frères Filippo et Giuseppe Graviano. 
Au cours de la réunion, Totò Riina aurait déclaré : «Maintenant le moment est venu où chacun de nous d'assumer ses responsabilités […] Nous sommes au bout du fil, il doit y avoir un bras de fer». La condamnation, a eu le «consentement silencieux» des autres patrons. Bernardo Provenzano, selon les récits des repentis, en désaccord avec cette stratégie, participe essentiellement passivement à la réunion. 

Quelques semaines plus tard dans les environs du mois de février, on retrouve Matteo et Sinacori à Rome.
Ils font alors partie d'un commando composé de mafiosi de Brancaccio (quartier napolitain) et de la province de Trapani (Giuseppe Graviano, Matteo, Sinacori, Lorenzo Tinnirello, Cristofaro Cannella et Francesco Geraci) qui avait été envoyé à Rome,et était censé opérer plusieurs assassinats dont Giovanni Falcone qui avait quitté Palerme après une affaire de corbeau au sein de la magistrature palermitaine, se sentant peu soutenu il était reparti dans la capitale. ou bien encore le journaliste Maurizio Costanzo farouchement anti-mafia et qui avait fait brûler a brûlé un T-shirt avec les mots «Mafia made in Italy» en direct lors d'un marathon télévisé sur la Rai pour rendre hommage à Libero Grasso un entrepreneur abattu un mois plus tôt pour avoir refusé de payer le pizzo. La méthode importait peu, kalachnikovs, fusils et ou revolvers, Messina Denaro avait fourni lui-même les armes à tout le groupe. 
Mais le jugement final du maxi-procès de 86 pousse Riina a rappelé ses fanatiques pour les pousser vers d'autres cibles dans une stratégie aux méthodes sans précédents. 
Riina est ivre de colère de voir que Falcone et Borsellino ont repris la main sur le procès et ses procédures d'appels. Après avoir vu la majorité des appels des mafieux condamnés jugés par Corrado Carnevale, le tueur de sentences inféodé à Cosa Nostra. Ils vont faire annuler ces acquittements en appel, et les nouvelles condamnations vont être confirmées par la Cour de cassation. 
L'appel de Riina a justement été rejetée. Dès lors il veut leur faire payer cet affront.


A cet instant là, si les vies des juges sont d'ors et déjà scellées, la carrière de Matteo en cette année 1992, elle, va connaître un nouvel essor.

 

 

Sorces : Antimafiaduemilla ; Repubblica ; Cronoscosanotra ; Wikipédia ; L'Unita ;

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