Comme je l'ai déjà évoqué dans de précédents articles, le sujet de la mocro maffia transfigure l'appartenance ethnique mais surtout l'unité de lieu de cette entité est et restera Anvers dans sa complexité et sa diversité. La suite de l'article ici présent va présenter un autre pan de la criminalité locale, dont la densité ne cesse personnellement de m'étonner. Anvers n'a pas de suzerain mais il a de nombreux vassaux.*
Ce 28 septembre 2020, la police judiciaire anversoise met un point d'orgue à une enquête d'envergure sur 4 organisations criminelles qui ont importé des milliers de kilos de cocaïne via le port en mettant leur logistique en commun.
Le principal suspect est un ancien chef de la gendarmerie, du service des stups, Willy Van Mechelen qui du haut de ses 77 ans est de loin le plus âgé des prévenus de cette vaste affaire.
Ce lundi matin là, plus d'une centaine de policiers ont effectué des descentes dans une série d'endroits en Flandre. Les noms sont ronflants, illustrant la multi-ethnicité de la criminalité locale. On y retrouve en premier lieu, Lucio Aquino, de la célèbre famille mafieuse de Maasmechelen. La fratrie Aquino est fortement lié à la 'Ndrangheta, le patriarche est originaire de Calabre, il a migré en Belgique pour travailler dans l'industrie minière à la fin des années 70. La décennie suivante le charbon ne paie plus, mais le crime lui le fait, et très vite les aînés Lucio, Antonio aka "Raf", Francesco et Silvio vont se faire une réputation des plus coquettes depuis leur fief du Limbourg jusqu'aux Pays-Bas limitrophe où dans les années 90 ils se formeront à la spécialité locale, le vol de came aux concurrents, entre autres choses.
L'époque est concurrentielle mais pleine de perspective surtout pour des rejetons calabrais qui pourtant n'auront guère passé que de 2 étés en Calabre durant leur enfance. Ont-ils fréquenté la Costa dei Gelsomini à Siderno ?
Ou bien participé à la fête della Madonna del Carmelo à Marina di Gioiosa Ionica le fief de la ndrine Aquino à chaque fin de juillet ?
Mais sont-ils peut être plutôt de Corigliano Rossano autre tenure 'ndranghetiste où des Aquino ont nidifié. Les enquêtes n'ont jamais clarifié la souche de la fratrie à vrai dire.
Les années 2000 seront fastes pour le clan et les 1ères exportations de masse de cocaïne, un domaine où la 'Ndrangheta va exceller et s'y forger une quasi hégémonie sur tout l'Europe de l'Ouest. Mais ils font aussi dans le cannabis et l'ecstasy autre grande spécialité du Benelux alimenté entre le milieu des Kampers et les trafiquants israéliens. Leur réputation les précède et les journalistes ne tarderont pas à faire valoir leur sempiternelle manque d'inspiration en les surnommant les "Soprano de la Meuse". N'est pas Audiard qui veut.
Antonio Aquino est relaxé en juillet 2011 par la Cour d’Appel d’Anvers dans une affaire de 153 kg de cocaïne saisis au port d’Anvers. Il avait été condamné en 1ère instance à 7 ans de prison mais la Cour d’Appel avait constaté des erreurs de procédure. En mai 2013 les 6 frangins tombent (coucou Giancarlo et Mino), le réseau est démantelé. Dans un autre procès pour trafic de stups international Silvio prend 4 ans en mars 2014.
Le procès s'ouvre en septembre 2014 et est sans précédent en Belgique. On les lie à la plus grande saisie à l'époque de tablettes d'ecstasy (4,4 millions de tonnes) en Australie. Le procès est long et connaît des ajournements, il devait reprendre le 7 septembre mais 10 jours plus tôt Silvio est exécuté d'une balle dans la tête dans une zone industrielle d'Opglabbeck dans le Limbourg belge. Sa femme Silvia est blessée. On retrouve le long de l'autoroute A73, le corps sans vie d'un membre du commando de tueurs, un ressortissant italien membre de la fameuse «grande famille» Hamidovic.
La Mocro Maffia est soupçonné, on évoque un vol de 900 kilos de coke, une soeur Aquino aurait été agressée chez elle en février 2015. Mais en fait le commanditaire était un restaurateur italo-belge Martino Trotta aidé par un chef de clan Hamidovic.
Le procès se termine sans Silvio en juin 2016 après un report. Raf Aquino, prend dix ans de prison pour cinq cargaisons de cocaïne et doit s'acquitter de 8 millions d'euros. Son « lieutenant », Nico Beckx, a été condamné à sept ans. Mario est incarcéré également ainsi que Michael P.. 4 sur 33. Pour les autres frères ou épouses du clan des acquittements partiaux ou du sursis. Les Aquino vont continuer d'alimenter la chronique noire notamment en 2023, avec l'opération Eureka contre les réseaux calabrais dans toute l'Europe et il n'est pas étonnant que leur influence atteigne Anvers si c'est la volonté de la «mamasantissima» ils auront les coudées franches.
L'autre animateur du réseau est Tom Bastiaanse, 51 ans, qui réside souvent à Marbella mais a été arrêté à Kasterlee dans le Kempen d'Anvers. C'est un homme très connu du milieu criminel local bien que jamais condamné. Des messages Encrochat indiqueraient qu'il agissait sous le surnom de «Mister Zen».
J. E., un avocat de Westerlo inscrit au barreau de Bruxelles, a également été arrêté.
Nathan Steveniers est un autre suspect, bien local lui aussi. C'est un individu à la réputation violente, l'un des leaders des hooligans de l'Anvers le Casual Crew.
Nathan, ainsi que Geert Frisson et Steve B. et 3 autres membres du gang de motards Bandidos, appartiendraient aux «exécuteurs» de l'organisation criminelle et ont été vu lors d'une rencontre avec Van Mechelen et Tom Bastiaanse, dans une brasserie anversoise.
Maquereau
Nathan est le fils de Willy Steveniers une légende du basket belge grand ami de Van Mechelen et a été reconnu coupable de trafic drogue dans le passé avec le trafiquant Abdelilah «Black» El M. encore un résident de Dubai. Ce dernier est le principal suspect dans un gros dossier de stups «Makreel» (Maquereau).
Le concessionnaire automobile du Limbourg Peter R. a également été arrêté tout comme l'ex vice président du chapitre Limbourg Marco Hegger.
Il peut être vu comme le bras droit du président de Bandidos Harrie Ramakers, ayant de bons contacts en Colombie où il aurait vécu un certain temps. Il a aussi une épouse colombienne.
Les quatre organisations criminelles du dossier faisaient appel à des fonctionnaires des douanes et à des travailleurs du port qui connaissaient parfaitement les lieux et qui les prévenaient dès qu'il y avait un souci. Le fonctionnaire de douane L. V., qui a servi de logisticien et un manager de terminal ont transmis des informations cruciales à la bande de Bastiaanse. Dix années ont été requises contre un travailleur du port impliqué dans les retraits de cocaïne qui était cachée dans des camions Scania en stationnement.
Les perquisitions ont permis de saisir des millions de biens criminels présumés: 1,2 million d'euros en espèces, actions, or, pièces d'or, peintures et armes à feu, ainsi qu'une quarantaine de véhicules, dont une Ferrari Testarossa, une Lamborghini, des Bentleys, des Porsche, Mercedes, trois motomarines et les clés d'un yacht à Marbella. Un certain nombre de chevaux ont été saisis à Kasterlee.
Les méthode du tonton
Willy Van Mechelen était dans le collimateur des enquêteurs depuis octobre 2019, date à laquelle lui et Bastiaanse étaient tombés dans un piège tendu par la police. Dès lors, ils ne l'ont plus lâché. Ils ont mis «Nonkel» sur écoute pendant des mois grâce à des micros cachés dans sa voiture, où il a longuement parlé de ses activités liées à la drogue.
Attardons nous sur le personnage principal de cette histoire, Willy Van Mechelen. Surnommé «De Kiezel» ou «De Unkel», il est une figure légendaire du crime belge enfin de la lutte contre le crime lors d'une 1ère carrière qu'on qualifiera toutefois de pas très conventionnelle.
En tant que chef de la brigade antidrogue du BOB d'Anvers dans les années 70 et 80, il a demandé à des infiltrés civils criminels d'importer des conteneurs contenant des drogues douces. Des méthodes controversées dont il s'explique dans une sorte de livre autobiographique sur cette époque, entre autres: «Topspeurder achter tralies». Un hymne à sa gloire, et c'est le comble de l'impunité, d'écrire noir sur blanc qu'on a pas suivi les règles ni les lois.
Le 30 juin 1995, il a été arrêté à la caserne de gendarmerie où il travaillait ce matin-là. Les détectives avaient intercepté un conteneur contenant 3,5 tonnes de marijuana dans le port d'Anvers, dissimulé sous une cargaison de sachets de thé en provenance du Cambodge. Le trafiquant, François C., pris en flagrant délit, leur avait avoué que son client n'était autre que Van Mechelen.
Le gendarme nie tout avec véhémence et affirme que François C. est un ancien informateur qui cherche à le piéger. Il est rapidement relâché, mais arrêté une seconde fois quelques mois plus tard, puis une troisième fois en juillet 1996. Entre-temps, un second trafiquant de drogue, Frans W., fait son apparition et identifie Van Mechelen comme l'organisateur d'un trafic de stupéfiants. Cette fois, il s'agit d'un conteneur saisi en Guinée, contenant 20 tonnes de marijuana dissimulées sous une couche de serviettes blanches.
«Willy Van Mechelen a tout nié», déclare l’ancien enquêteur Étienne Kerremans (78), qui a mené l’enquête à la police judiciaire à l’époque et a interrogé Van Mechelen pendant des heures.
Kerremans : «Bien sûr, je ne m’attendais pas à ce qu’il admette les faits, mais il a vraiment tout contesté, même les choses les plus évidentes. Ce n’était pas très malin, car s’il s’avère qu’il a menti à ce sujet, il devient difficile de rattraper le coup.»
Van Mechelen affirme avoir été piégé par d'anciens informateurs qui cherchent à régler de vieux comptes. François C. et Frans W., deux voleurs de docks chevronnés, volaient et revendaient, dans les années 1970, des conteneurs de sucre, de cigarettes ou de téléviseurs – François C. était d'ailleurs surnommé «le voleur de sucre». Ils se sont ensuite aperçus qu'il était bien plus lucratif de se procurer des conteneurs de drogue, destinés au marché néerlandais en pleine expansion, principalement pour le cannabis et le haschisch à l'époque. Apparemment, ces deux anciens voleurs de conteneurs, reconvertis dans le trafic de drogue, ont déclaré à la police, indépendamment l'un de l'autre, avoir agi sous la supervision de Willy Van Mechelen.
Lors de son procès, Van Mechelen continue de nier les accusations, allant jusqu'à contester que les substances saisies soient du cannabis «puisque cela n'avait pas été analysé en laboratoire». En vain. Le juge considère comme grave le fait que Van Mechelen ait abusé de sa position de policier pour organiser un trafic de stupéfiants.
Le 19 septembre 2002, il a été condamné par la cour d'appel d'Anvers à cinq ans de prison et à une amende de 100 000 euros. En 2011, il a été arrêté dans un appartement à Zwijndrecht, aux Pays-Bas, où il séjournait sous un faux nom. En 2014, il a de nouveau été arrêté, avec plus de 325 990 euros en espèces dans sa voiture appartenant à un réseau de blanchiment de la communauté juive orthodoxe anversoise et New-yorkaise (on en reparle après).
En 2015, son nom réapparaît dans le fameux dossier «Makreel» aux côtés de Ronny L. Abdelilah El M. et Jimmy H., une importante enquête sur l'importation de cocaïne – il ne s'agissait plus depuis longtemps de drogues douces – via le port.
Les enquêteurs le repèrent à De Nachtegaal, la taverne de la famille Steveniers, en compagnie de divers trafiquants de drogue. Mais le parquet d'Anvers ne cherche pas à approfondir son rôle.
Tonton Willy possède les caractéristiques de ce qu'on appelle un «flic ripoux», il en a tout autant l'air que la chanson, et ce n'est pas son «ami» David G. qui dira le contraire. Ce dernier s'est fendu encore récemment de déclarations sur le passé de Willy que beaucoup ont découvert mais dont les initiés en connaissaient tous les détails depuis plus de 30 ans. L'affairisme du voyou couplé à l'impunité du policier ça donne un cocktail des plus explosifs ajouté à un physique de para et le bagout d'un agent immobilier. Une affaire va révéler tout le personnage.
Le 1er décembre 1987, un braquage se déroule chez le diamantaire Kronengold à Anvers. Charles S. (39) et Jean-Pierre S. (36) font irruption dans les locaux. Ils immobilisent Pascal Kronengold le gérant, qui s'est avéré être complice car il voulait frauder son assurance, et son collègue Shlomo Goldberg (36) qui ignorait tout.
Pris de panique, Goldberg résiste, mais les 2 malfrats le bâillonnent, lui scotchent la bouche et l'endorment au chloroforme. Dès que les deux braqueurs ont pris la fuite, Kronengold se libère et constate que Goldberg est en train de se sentir mal. Il sort pour chercher de l'aide mais la lourde porte de sécurité s'est refermée dernière lui empêchant quiconque d'entrer et de secourir Goldberg qui décède. L'éminence grise du casse David G. (36) est arrêté ainsi qu'une complice de 38 ans.
Très vitre David va balancer un nom au milieu de l'arène, celui du «super-gendarme» Willy Van Mechelen, qui aurait même été son complice dans plusieurs vols et fraudes par le passé dans un modus operandi bien rôdé.
Pourquoi cette dénonciation ? Il voulait se venger de Willy qui devait participer au casse et les protéger le cas échéant mais il a tourné le dos à l'affaire au dernier moment explique David des décennies plus tard. Gutkind raconte d’ailleurs qu'une patrouille de police aurait fait le guet devant la bijouterie mais qu'elle n'est pas intervenue. Une façon de dire «je vous vois je vous nargue» selon David. Mais le vieux complice aurait dû se douter que le poisson serait difficile à prendre. Surtout que Willy jamais avare en conseils à ses amis criminels se serait fendu un jour d'un bon mot prémonitoire «Vous devez continuer à nier. Même si vous êtes pris la main dans le sac, un revolver fumant à la main, vous devez faire comme si vous ne saviez rien».
Au procès que fait donc Van Mechelen ? Eh bien il applique sa méthode, il nie, absolument tout, en bloc et ce même si on retrouve des preuves chez lui qu'il avait bien perçu 250 000 francs de compagnies d'assurance et que Gutkind lui avait également versé de l'argent.
Van Mechelen échappe une fois à la justice – grâce à la protection d'un magistrat de haut rang, si l'on en croit les rumeurs.
Faire feu de tout bois
Le cas Van Mechelen est encore plus nébuleux qu'on imagine. Déjà en janvier 2020 il a dû faire face à d'autres accusations. Celles de blanchiment d'argent en lien avec des membres de la communauté juive orthodoxe. Le 22 octobre 2020 un mois après son interpellation, le procureur avait déjà clairement indiqué dans son exposé introductif que, selon lui, tous les accusés dans cette affaire appartenaient à une organisation criminelle opérant principalement au sein du milieu criminel juif.
Entre novembre 2013 et août 2014, des millions d'euros en espèces auraient été blanchis grâce au trafic de drogue, principalement pour le compte de cartels sud-américains.
Toute une série de négociants en diamants, mais aussi un agent d'assurance, des exploitants d'un supermarché casher et d'un grossiste en produits laitiers, un promoteur immobilier, un transporteur et plusieurs directeurs de synagogues où la religion juive traditionnelle est pratiquée ont été jugés dans cette affaire de blanchiment d'argent.
Selon le parquet d'Anvers, ils auraient participé au blanchiment de 8,8 millions d'euros. L'affaire belge était liée à une vaste enquête américaine sur le trafic de drogue. Les deux principaux instigateurs de cette enquête étaient Avraham Zaltzman et Akiva Apter, deux criminels résidant principalement en Israël. Le duo avait déjà été arrêté en 2002 dans le cadre d'une affaire similaire de blanchiment d'argent aux États-Unis. Cette enquête était alors dirigée par James Comey, qui deviendra plus tard directeur du FBI.
Selon le FBI, le gang dirigé par Zaltzman et Akiva aurait blanchi au moins 1,7 milliard de dollars provenant de cartels de la drogue. L'argent était collecté lors de réunions à Manhattan, Anvers, Miami et Madrid. Les petites coupures étaient échangées contre des billets de 500 dollars, puis des coursiers emportaient les liasses de billets sous vide vers un autre pays où les dépôts d'espèces sont moins contrôlés. En moyenne, un coursier transportait entre 250 000 et 500 000 dollars.
Les courriers juifs orthodoxes voyageaient en tenue traditionnelle, avec des manteaux noirs et des chapeaux hauts-de-forme. Lors des contrôles dans les aéroports, on hésitait souvent encore à les inspecter ou à les fouiller minutieusement.
Ce même Zaltzman et son complice Akiva avaient apparemment aussi des dizaines de contacts au sein de la communauté juive orthodoxe d'Anvers. Cette communauté, qui compte environ 20 000 membres, vit autour du quartier des diamantaires. Elle est fière de sa pratique rigoureuse et traditionnelle du judaïsme. De plus, deux des suspects sont directeurs d'associations à but non lucratif qui gèrent deux synagogues, dont la célèbre synagogue Belz, située rue Lange Leemstraat.
Des dizaines de contacts anversois ont remis des fonds à des coursiers, qui les ont ensuite acheminés vers les gangs criminels via les Pays-Bas et Israël, entre autres.
Le parquet a requis une peine de cinq ans d'emprisonnement contre les cinq principaux accusés.
Cependant, les avocats de la défense ont évoqué l'incapacité du parquet à constituer un dossier solide contre les accusés et sur le fait que leur implication dans le blanchiment d'argent ne peut être que spéculée, sur la base de conversations téléphoniques vagues et de SMS obscurs. De plus, les transactions en espèces sont monnaie courante dans les milieux juifs, et les dirigeants de l'organisation en ont habilement profité. Il est donc devenu difficile de déterminer la part de chacun des coursiers.
Pinchas K., un jeune anversois, est le nom qui apparaît le plus fréquemment dans le dossier parmi les 46 suspects. C'est lui qui, outre les cinq clients, supervisait le transport et entretenait des contacts téléphoniques constants avec les différents coursiers chargés d'acheminer l'argent à blanchir du point A au point B. Le problème, cependant, est que, selon la défense, le contenu des conversations téléphoniques et des SMS interceptés est si vague qu'il est impossible d'y déduire l'implication de personnes spécifiques. Pinchas utilisait selon la polcie plusieurs alias mais pense qu'il a effectué au moins 10 transports.
Pour le suspect Hinerich B., qui, selon l'enquête, travaillait comme coursier, une demande d'acquittement a été déposée. Son avocat a toutefois précisé que son client souffrait également d'une maladie en phase terminale. Il serait atteint d'un cancer du côlon, et le pronostic est sombre. Autrement dit, l'avocat a fait valoir que, même si son client était reconnu coupable, cela ne changerait pas grand-chose qu'il finisse en prison ou non.
L'avocat d'Aharon W. déclare que les conversations téléphoniques sur lesquelles repose l'accusation portée contre W. semblent avoir été menées avec un autre Aron, d'une autre famille, et non avec son client. Par conséquent, d'après l'avocat, les enquêteurs n'ont même pas pris la peine de vérifier les noms associés aux écoutes téléphoniques.
Un autre suspect, Zvi F., illustrait comment Pinchas K., figure clé du réseau, exploitait les flux financiers déjà existants au sein de la communauté juive. Le père de F. tenait une librairie où les clients payaient fréquemment en espèces. Son fils, avec plusieurs complices, transférait régulièrement les bénéfices de ce commerce en Israël, ne ramenant que de petites sommes, jusqu'à environ 5 000 euros. Par conséquent, les contacts entre Pinchas K. et Zvi F. ont rapidement conduit les enquêteurs à soupçonner que cette librairie servait à blanchir de l'argent de la drogue vers Israël. Cependant, une fois encore, les échanges téléphoniques entre Pinchas et le passeur potentiel se sont révélés sporadiques et souvent énigmatiques, rendant difficile toute preuve de leur implication.
Le rôle de Van Mechelen évoqué par plusieurs suspects
L'avocat de Moshe G., un autre passeur potentiel, a également adopté cette ligne de défense. Son client était propriétaire d'un grand magasin depuis longtemps et, selon les enquêteurs, il avait eu des échanges téléphoniques avec Pinchas K. concernant le transport d'argent liquide. Le problème était que Moshe, par le biais de son grand magasin, utilisait la «réduction de groupe» offerte par son opérateur de télécommunications pour faire souscrire divers abonnements téléphoniques au numéro d'immatriculation de son entreprise. De cette manière, plusieurs amis et membres de sa famille pouvaient acheter des abonnements de téléphonie mobile à prix avantageux par son intermédiaire. L'avocat a soutenu que c'était un autre suspect, Yehuda B., et non Moshe G. lui-même, qui était en contact avec Pinchas K.
Ce schéma s'est répété inlassablement chez quasiment tous les suspects. Par conséquent, pour la quasi-totalité d'entre eux, y compris ceux mentionnés précédemment, les avocats ont plaidé l'acquittement en raison d'une grave insuffisance de preuves matérielles (les perquisitions domiciliaires n'ayant quasiment rien donné) et de l'impossibilité d'établir un lien entre les activités contestées des accusés et le transport d'argent liquide issu du trafic de stupéfiants. Dans un cas précis, celui du suspect Jehuda H., il est apparu, comme pour l'oncle de Pinchas K., qu'il s'agissait d'une aide à la traduction de l'hébreu plutôt que d'un transport effectif.
L'implication de l'ancien gendarme Willy Van Mechelen a de nouveau été évoquée, cette fois-ci par le biais de l'accusé Shalom B. Ce dernier se trouvait dans la voiture avec Van Mechelen lorsque ce dernier a été interpellé sur l'autoroute A2, entre Amsterdam et Utrecht, en possession d'une somme d'argent liquide. Apparemment, les deux hommes se connaissaient car ils habitent le même quartier et souffrent tous deux de problèmes cardiaques. Ils s'entraidaient également pour obtenir les médicaments nécessaires à leur traitement.
Alors qu'il conduisait, Shalom a soudainement été victime d'un léger infarctus et ils se sont arrêtés sur le bas-côté. Les secours et la police, arrivés sur place, ont alors découvert que Van Mechelen avait dissimulé une importante somme d'argent dans sa voiture. L'ancien gendarme a affirmé à l'époque qu'une partie au moins de cet argent appartenait à Shalom B., ce que ce dernier a contesté. Selon l'avocat de Shalom, il s'agit là de la seule implication de son client dans ces activités présumées de blanchiment d'argent. On ignore ce que les deux hommes faisaient ensemble dans la voiture. (source : HLN)
L'ex numéro 1 des stups a bien eu du mal à préparer sa défense car son propre avocat avait été interpellé dans l'affaire Costa (le fameux J.E.) et sa plaidoirie a du être repoussée avant qu'il ne bénéficie d'une libération conditionnelle. En novembre 2020, Willy prend 20 mois (la maorité avec sursis) et en appel le 8 mars 2025 18 accusés sont acquittés pour cause de prescription mais les animateurs du réseau et Willy sont condamnés à nouveau. Pinchas à 3 ans, Shmuel S. 30 mois. La moitié de leurs peines est assortie d'un sursis. Les autres suspects sont également reconnus coupables et condamnés à des peines allant de quinze à vingt mois. Pour eux aussi, la moitié de la peine est assortie d'un sursis.
Il y a un an, il s'est avéré que Van Mechelen avait été hospitalisé pour des problèmes de santé. Il vivait principalement en Thaïlande (où il a une compagne) et à Tenerife. Le 28 octobre 2019, un conteneur contenant 2800 kilos de cocaïne a été intercepté dans le port d'Anvers. Il est soupçonné de cela et de quelques autres transports.
Le 1er octobre 2020, 2 autres policiers sont arrêtés, un de la police d'Anvers et l'autre est un commissaire de Zandhoven et Ranst.
Deux autres personnes liées à l'entreprise Mexico Natie sont interpellés, dont un gestionnaire de terminaux, Philippe V.M.. Le gendre de Tom Bastiaanse, travaille à Mexico Natie. L'enquête a permis la saisie de 2800 kilos de cocaïne à Anvers fin 2019 et un autre lot de 650 kilos a été saisi.
Durant l'instruction les découvertes continuent ainsi fin octobre 2020, 11500 kilos de cocaïne ont été retrouvés dans 5 conteneurs au port de Zeebrugge (Anvers) provenant de Guyane. La plus grosse saisie de cocaïne en Europe à ce jour (battu depuis par 2 autres saisies en Espagne dont celle du cargo Arconian avec 30,2 tonnes en mai 2026).
La drogue avait pour destination les Pays-Bas et serait lié à l'organisation criminelle de van Mechelen. Des dizaines de dirigeants des Bandidos sont arrêtés dont Marco Hegger le leader néerlandais.
Ce procès «Costa» va s'avérer tentaculaire non pas par le nombre de prévenus (62 tout de même) mais par le volume des transports de drogues et l’opulence des animateurs de réseaux. Les ramifications vont même mener à un nom en devenir du narco banditisme européen Jos «Bolle Jos» Leijdekkers. Un nom que l'on va être amené à beaucoup cité dans les prochains épisodes.
En avril 2022, Willy et Steveniers ont été autorisés à sortir de prison. Pourtant entre-temps Van Mechelen a été condamné à 15 ans pour une affaire de blanchiment dans le dossier de diamantaires juifs et Nathan à 20 mois pour des bagarres entre hooligans (avec son frère Sebastian).
Ils ont fait appel. Le 10 avril 2024 62 prévenus soupçonnés du trafic de 27 tonnes de drogue. 12 jours de procès attendus au tribunal de Tongres. Après plusieurs ajournements et suspensions le procès devait débuté le 2 février 2026 mais on a encore eu droit à un report.
MAJ 25/03/26 Dans l'affaire Costa, les procureurs ont requis des peines de prison allant jusqu'à 20 ans contre les dirigeants de quatre organisations criminelles impliquées dans l'importation d'au moins 25 tonnes de cocaïne via le port d'Anvers. Au total, 51 accusés sont jugés, dont d'anciens agents des forces de l'ordre, des figures clés du club de motards Bandidos Benelux comme Geert Frisson et le trafiquant néerlandais Jos Leijdekkers. Les peines de prison requises comprennent notamment 20 ans pour Frisson, 15 ans pour Leijdekkers, 18 ans pour Tom Bastiaanse (en cavale), et diverses peines pour des rôles de soutien tels que des restaurateurs anversois, des douaniers, des dockers et des avocats ayant participé à des opérations de trafic de drogue et de blanchiment d'argent Au total 451 années.
Deux avocats ont également succombé aux sirènes des narcotrafiquants. Après l'interpellation de quatre personnes chargées de récupérer de la drogue dans le port d'Anvers en août 2021, l'ancien avocat J. E. avait notamment organisé une rencontre entre les bandes de Bastiaanse, N.S. et Leijdekkers pour discuter de la défense des quatre personnes appréhendées. Trois ans ont été requis à l'encontre de J. E. L'ancien avocat du baron de la drogue Lucio Aquino, S. E., se trouvera cette fois sur le banc des prévenus. Après une visite en prison, il avait en effet quitté l'établissement pénitentiaire avec une lettre reprenant les consignes de son client et l'avait transmise à l'épouse d'Aquino qui à son tour l'avait donnée au cousin d'Aquino et au reste de l'organisation. Deux ans ont été requis contre cet avocat, la procureure estimant qu'il a ainsi facilité l'oeuvre délictueuse de la bande d'Aquino alors que ce dernier était derrière les barreaux. Quand à Lucio un peu avant Noël 2025, la Belgique l'avait livré aux autorités italiennes après son arrestation 5 jours plus tôt pour comparaître dans le procès de l'opération Eurêka pour laquelle il avait arrêté en mai 2023. Il avait depuis bénéficié d'une libération conditionnelle. Un imbroglio va naître devenant rapidement un conflit de compétence entre États.
Opération Eurêka : comment lutter contre une mafia internationalisée ?
C'est une opération de coordination des forces de polices d'une ampleur rare : hier matin, dans huit pays en Europe, du sud de l'Espagne à la Rhénanie-du-Nord Westphalie, plus d'une centaine de ...
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Dossier Costa - Lucio Aquino s'est vanté d'avoir trafiqué pendant 13 ans
Le ministère public passe mardi en revue les différents transports de drogue effectués par les quatre organisations citées au procès Costa. Celle dirigée...
Le procureur fédéral a notamment cité trois propriétés au Brésil et un bateau de luxe acquises par Tom Bastiaanse, l'un des principaux mis en cause, via des sociétés dans lesquelles ils n'occupaient aucune fonction officielle. "Pendant un an et demi, plus de 800.000 euros ont été transférés par Vintage Planet à M. Bastiaanse, accompagnés de messages vagues tels que 'facture à suivre', a exemplifié le ministère public.
Tom Bastiaanse et sa compagne ont également fait l'acquisition d'un petit château à Kasterlee en déboursant un total de près d'un million d'euros via trois sociétés, alors que leurs revenus légaux étaient "largement insuffisants pour financer cet achat". Willy Van Mechelen a, lui, acheté de l'or qu'il faisait convertir en espèces par diverses personnes et a réalisé un investissement en espèces dans une entreprise de carrosserie. Geert Frisson a pour sa part investi 750.000 euros dans un appartement avec piscine en Espagne et dépensé 485.000 euros pour acquérir deux montres de luxe à Dubaï.
Ce même goût prononcé pour l'immobilier (espagnol) et les montres de luxe se retrouve chez le couple Rijntjes et De Wolf, qui a joué un rôle déterminant dans l'organisation de Geert Frisson, selon le parquet. Le couple a acheté huit propriétés en Espagne, ainsi que des montres de luxe, dont trois Rolex. Ces montres leur ont coûté au moins 400.000 euros.
certains protagonistes risquent également de lourdes peines. Ainsi, 18 ans ont été sollicités pour N. S. qui gérait un établissement horeca à Anvers où se retrouvaient l'ex-gendarme Willy Van Mechelen et d'autres prévenus pour déterminer comment ils allaient récupérer les cargaisons de stupéfiants. L'homme a également aidé le criminel néerlandais Jos "Bolle" Leijdekkers à organiser les retraits de cocaïne du port d'Anvers. Pour Jos Leijdekkers lui-même, 15 années ont été demandées.
Le verdict était attendu pour le 1er juillet mais encore une fois une semaine avant, un report a été annoncé et la nouvelle date est le 30 juillet.
Sources : HLN; Gazet van Antwerpen ; De Morgen ; Le Soir.be ; RTBF ; HBVL
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